mercredi 12 novembre 2008
Raphael SORIN : La dispersion de Julien Gracq et "sur Nantes"
Le blog de Raphael Sorin11/11/2008
La dispersion de Julien Gracq
Nantes est la ville des coïncidences, lourde de signes et de rêves, toujours surprenante.
J’y retourne souvent, accompagné de fantômes. Jacques Vaché m’attend place Graslin.
Jules Verne rôde rue de la Fosse. Maurice Fourré, Jacques Demy, Charles Monselet, Benjamin Péret, et beaucoup d’autres, voisinent avec les statues de femmes du passage Pommeraye, à deux pas de la Cigale, la plus belle brasserie d’Europe.
Aussi est-ce sans étonnement que le 10 novembre, à midi, une heure avant la proclamation chez Drouant du dernier Goncourt, je me suis retrouvé dans les meubles de Julien Gracq, l’auteur d’un texte implacable, La littérature à l’estomac, dirigé contre la farce humiliante des prix littéraires. Non, je n’étais pas chez lui, rue de Grenelle à Paris, ou dans son village de Saint-Florent-le-Vieil, mais au 10 rue de la Miséricorde, dans l’antre nantais des commissaires-priseurs Couton & Veyrac, chargés par des héritiers «collatéraux» de disperser les livres, les correspondances, les tableaux et le mobilier de l’écrivain.
Tout aura changé de mains le 12 novembre après-midi. C’était donc la dernière fois que l’on pouvait examiner les pauvres biens d’un homme qualifié d’enchanteur et de voyant.
Il fallait l’être, voyant, pour supporter de vivre entouré d’un mobilier aussi hideux ! J’ai touché du doigt, comme pour en exorciser la laideur, un poste TSF Gramophone, un meuble en bois naturel de style néo-breton, un perroquet en bois (très convoité par une vieille dame qui négligeait les dessins de Derain, Pascin ou La Fresnaye proposés à la vente), un lampadaire tripode en fer forgé. En revanche, comment ne pas convoiter le bureau des années cinquante, son bureau, choisi par lui ? «Très demandé», me souffla un des jeunes assistants de l’officine.
Puis j’ai détourné mon regard de ces reliques dépourvues de charme pour m’intéresser aux correspondances. Le catalogue de la vente en reproduit certaines. On se régale. Jean Paulhan, alors que Gallimard avait refusé Au château d’Argol, paru en 1939, chez Corti, essaie de corriger le tir à sa façon, pateline : «Peut-être est-il bon qu’une vieille maison ait de ces erreurs, Proust, Gracq, sur la conscience. Si vous êtes sans rancune, promettez-nous votre prochain roman.» On sait que Gracq finit par tout céder à la Pléiade. Les lettres de Colette, d’André Breton, de Jacques Chardonne, de René Char, de Pompidou, de René Magritte, sont passionnantes. Elles répondent à la réputation intimidante de celui auquel elles s’adressent, qui fut moins isolé qu’on l’a dit.
Et, tout en jetant rapidement un œil aux livres de sa bibliothèque, rares ou ordinaires, j’ai éprouvé un dégoût soudain, une grande tristesse, de la voir ainsi éparpillée, démembrée.
Finalement, ce qu’il y avait, selon moi, de plus digne d’être sauvé n’a aucune valeur commerciale. Il s’agit de vieilles valises remplies de livres scolaires, sorties d’un grenier, avec ses manuels, des classiques, le véritable Rosebud de l’œuvre, la matrice des rêveries érotiques et héroïques d’un petit prof qui inspira à sa manière des femmes aussi exaltées que Sunsiaré de Larcône (morte avec Roger Nimier) ou Suzanne Lilar
La dispersion de Julien Gracq
Nantes est la ville des coïncidences, lourde de signes et de rêves, toujours surprenante.
J’y retourne souvent, accompagné de fantômes. Jacques Vaché m’attend place Graslin.
Jules Verne rôde rue de la Fosse. Maurice Fourré, Jacques Demy, Charles Monselet, Benjamin Péret, et beaucoup d’autres, voisinent avec les statues de femmes du passage Pommeraye, à deux pas de la Cigale, la plus belle brasserie d’Europe.
Aussi est-ce sans étonnement que le 10 novembre, à midi, une heure avant la proclamation chez Drouant du dernier Goncourt, je me suis retrouvé dans les meubles de Julien Gracq, l’auteur d’un texte implacable, La littérature à l’estomac, dirigé contre la farce humiliante des prix littéraires. Non, je n’étais pas chez lui, rue de Grenelle à Paris, ou dans son village de Saint-Florent-le-Vieil, mais au 10 rue de la Miséricorde, dans l’antre nantais des commissaires-priseurs Couton & Veyrac, chargés par des héritiers «collatéraux» de disperser les livres, les correspondances, les tableaux et le mobilier de l’écrivain.
Tout aura changé de mains le 12 novembre après-midi. C’était donc la dernière fois que l’on pouvait examiner les pauvres biens d’un homme qualifié d’enchanteur et de voyant.
Il fallait l’être, voyant, pour supporter de vivre entouré d’un mobilier aussi hideux ! J’ai touché du doigt, comme pour en exorciser la laideur, un poste TSF Gramophone, un meuble en bois naturel de style néo-breton, un perroquet en bois (très convoité par une vieille dame qui négligeait les dessins de Derain, Pascin ou La Fresnaye proposés à la vente), un lampadaire tripode en fer forgé. En revanche, comment ne pas convoiter le bureau des années cinquante, son bureau, choisi par lui ? «Très demandé», me souffla un des jeunes assistants de l’officine.
Puis j’ai détourné mon regard de ces reliques dépourvues de charme pour m’intéresser aux correspondances. Le catalogue de la vente en reproduit certaines. On se régale. Jean Paulhan, alors que Gallimard avait refusé Au château d’Argol, paru en 1939, chez Corti, essaie de corriger le tir à sa façon, pateline : «Peut-être est-il bon qu’une vieille maison ait de ces erreurs, Proust, Gracq, sur la conscience. Si vous êtes sans rancune, promettez-nous votre prochain roman.» On sait que Gracq finit par tout céder à la Pléiade. Les lettres de Colette, d’André Breton, de Jacques Chardonne, de René Char, de Pompidou, de René Magritte, sont passionnantes. Elles répondent à la réputation intimidante de celui auquel elles s’adressent, qui fut moins isolé qu’on l’a dit.
Et, tout en jetant rapidement un œil aux livres de sa bibliothèque, rares ou ordinaires, j’ai éprouvé un dégoût soudain, une grande tristesse, de la voir ainsi éparpillée, démembrée.
Finalement, ce qu’il y avait, selon moi, de plus digne d’être sauvé n’a aucune valeur commerciale. Il s’agit de vieilles valises remplies de livres scolaires, sorties d’un grenier, avec ses manuels, des classiques, le véritable Rosebud de l’œuvre, la matrice des rêveries érotiques et héroïques d’un petit prof qui inspira à sa manière des femmes aussi exaltées que Sunsiaré de Larcône (morte avec Roger Nimier) ou Suzanne Lilar
Ouest France : Avec Pierre Michon sur les traces de Julien Gracq par Daniel Morvan
Pays de la Loire
mardi 11 novembre 2008
Avec Pierre Michon sur les traces de Julien Gracq
L'écrivain nantais Pierre Michon découvre l'original d'une lettre historique : celle adressée par André Breton à Julien Gracq, après la publication d'« Au château d'Argol ». Pièce maîtresse de la vente du 12 novembre.
La succession Julien Gracq est dispersée, demain, à Nantes. À la veille des enchères, nous visitons l'exposition en compagnie de l'écrivain nantais Pierre Michon.
« Oh, cette photo ! Julien Gracq en gondole à Venise ! Avec son amie Nora Mitrani et André Pieyre de Mandiargues, qui avait une maison là-bas. Gracq en parle dans ses carnets : Nora et moi, allions acheter du calamar au marché de Venise. »
Visiter en solo la vente Gracq : Il a fallu cet appât pour extraire Pierre Michon de l'écriture de son prochain livre. Levé chaque jour à 5 h, il y travaille d'arrache-pied. Mais pour Gracq, il sort de sa chambre d'écrivain, à Nantes.
Henri Veyrac, le commissaire-priseur, l'accueille comme un prince des lettres. Le conduit immédiatement devant le talisman, la lettre d'André Breton, celle du 13 mai 1939, où le poète dit son admiration pour Gracq et son Château d'Argol. « Oui, c'est bien l'encre bleue des mers du sud qu'utilisait Breton. »
Son héros littéraire
La vente est constituée de trois cents lots, meubles, photos, livres, tableaux, lettres (lire Ouest-France du 8 novembre). On y touche du doigt les grandes amitiés littéraires. Connues, celle d'Ernst Jünger, « son héros littéraire », (photographié avec un épervier sur l'épaule), moins connues (Mauriac, Malraux, Queffélec ou Colette).
Lunettes sur le front, Michon furète comme le truffier, d'un chêne à l'autre. La vente n'a pourtant rien de flamboyant : « A Saint-Florent-le-Vieil, il s'est installé dans les meubles de ses parents, sans rien toucher », note Henri Veyrac. Le fauteuil où il installait ses visiteurs est resté aux héritiers. Un portrait de Gracq par Hans Bellmer a été légué à ses premiers exégètes universitaires.
De l'appartement parisien, on conserve un bureau, une chambre à coucher. Un moine chartreux l'aurait trouvé austère. Rien de ce qu'on attendrait d'un écrivain de la mouvance surréaliste : « Le fonds de commerce des surréalistes, rappelle Michon, c'est le marché aux puces et les échanges de tableaux et de dessins. Or Gracq ne collectionnait rien. »
La photo du prix Goncourt qu'il a refusé
Parmi des portraits, la photo du prix Goncourt refusé amuse Michon : « Regarde, il s'allume une clope, elle est jolie cette photo. Au fond, Gracq est une grande coquette : il a le Goncourt et le refuse. Le beurre et l'argent du beurre, quoi ! »
Se scandaliser de cette vente ? Pas Michon : « Rien n'est mis à l'encan de la vie privée, il n'y a pas de lettres sentimentales. » Seuls quelques objets touchants rappellent que lorsque grandissait la stature de Julien Gracq, Louis Poirier vivait toujours caché.
De l'enfance, un carnet de notes du lycée de Nantes montre l'élève brillant, « d'élite ». Son appareil photo, un Contessa Zeiss et toutes ses diapos : New York, le Montana... Gracq photographe ? Allez savoir.
Michon flaire les livres, les dédicaces, prend des images avec son téléphone portable. « Je me demande s'il avait gardé le livre que je lui avais envoyé, La Grande Beune. J'avais reçu une belle lettre de lui. Maintenant, je regrette un peu de n'être pas allé le voir. »
Daniel MORVAN.
Vente Gracq, mercredi 12 novembre à 14 h, chez Maîtres Couton & Veyrac, 8-10, rue de Miséricorde, à Nantes. Exposition publique ce mardi 11 novembre de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h, mercredi 12 de 9 h à 11 h.
mardi 11 novembre 2008
Avec Pierre Michon sur les traces de Julien Gracq
L'écrivain nantais Pierre Michon découvre l'original d'une lettre historique : celle adressée par André Breton à Julien Gracq, après la publication d'« Au château d'Argol ». Pièce maîtresse de la vente du 12 novembre.
La succession Julien Gracq est dispersée, demain, à Nantes. À la veille des enchères, nous visitons l'exposition en compagnie de l'écrivain nantais Pierre Michon.
« Oh, cette photo ! Julien Gracq en gondole à Venise ! Avec son amie Nora Mitrani et André Pieyre de Mandiargues, qui avait une maison là-bas. Gracq en parle dans ses carnets : Nora et moi, allions acheter du calamar au marché de Venise. »
Visiter en solo la vente Gracq : Il a fallu cet appât pour extraire Pierre Michon de l'écriture de son prochain livre. Levé chaque jour à 5 h, il y travaille d'arrache-pied. Mais pour Gracq, il sort de sa chambre d'écrivain, à Nantes.
Henri Veyrac, le commissaire-priseur, l'accueille comme un prince des lettres. Le conduit immédiatement devant le talisman, la lettre d'André Breton, celle du 13 mai 1939, où le poète dit son admiration pour Gracq et son Château d'Argol. « Oui, c'est bien l'encre bleue des mers du sud qu'utilisait Breton. »
Son héros littéraire
La vente est constituée de trois cents lots, meubles, photos, livres, tableaux, lettres (lire Ouest-France du 8 novembre). On y touche du doigt les grandes amitiés littéraires. Connues, celle d'Ernst Jünger, « son héros littéraire », (photographié avec un épervier sur l'épaule), moins connues (Mauriac, Malraux, Queffélec ou Colette).
Lunettes sur le front, Michon furète comme le truffier, d'un chêne à l'autre. La vente n'a pourtant rien de flamboyant : « A Saint-Florent-le-Vieil, il s'est installé dans les meubles de ses parents, sans rien toucher », note Henri Veyrac. Le fauteuil où il installait ses visiteurs est resté aux héritiers. Un portrait de Gracq par Hans Bellmer a été légué à ses premiers exégètes universitaires.
De l'appartement parisien, on conserve un bureau, une chambre à coucher. Un moine chartreux l'aurait trouvé austère. Rien de ce qu'on attendrait d'un écrivain de la mouvance surréaliste : « Le fonds de commerce des surréalistes, rappelle Michon, c'est le marché aux puces et les échanges de tableaux et de dessins. Or Gracq ne collectionnait rien. »
La photo du prix Goncourt qu'il a refusé
Parmi des portraits, la photo du prix Goncourt refusé amuse Michon : « Regarde, il s'allume une clope, elle est jolie cette photo. Au fond, Gracq est une grande coquette : il a le Goncourt et le refuse. Le beurre et l'argent du beurre, quoi ! »
Se scandaliser de cette vente ? Pas Michon : « Rien n'est mis à l'encan de la vie privée, il n'y a pas de lettres sentimentales. » Seuls quelques objets touchants rappellent que lorsque grandissait la stature de Julien Gracq, Louis Poirier vivait toujours caché.
De l'enfance, un carnet de notes du lycée de Nantes montre l'élève brillant, « d'élite ». Son appareil photo, un Contessa Zeiss et toutes ses diapos : New York, le Montana... Gracq photographe ? Allez savoir.
Michon flaire les livres, les dédicaces, prend des images avec son téléphone portable. « Je me demande s'il avait gardé le livre que je lui avais envoyé, La Grande Beune. J'avais reçu une belle lettre de lui. Maintenant, je regrette un peu de n'être pas allé le voir. »
Daniel MORVAN.
Vente Gracq, mercredi 12 novembre à 14 h, chez Maîtres Couton & Veyrac, 8-10, rue de Miséricorde, à Nantes. Exposition publique ce mardi 11 novembre de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h, mercredi 12 de 9 h à 11 h.
lundi 10 novembre 2008
Presse océan : Vente Gracq : l'inventaire d'une vie exposé avant d'être mis aux enchères
Dimanche 09 novembre 2008
Vente Gracq : l'inventaire d'une vie exposé avant d'être mis aux enchères
La correspondance de Gracq avec André Breton, et ses échanges épistolaires avec René Magritte, constituent les plus belles pièces de la vente organisée le 12 novembre.
Un guéridon (estimation basse : 100 €), un buffet en bois frutier (2500 €), un portemanteau perroquet en bois (50 à 80 €), une horloge (150 €), une bibliothèque (300 à 500 €), la série des Voyages extraordinaires de Jules Verne, des livres par centaines, des photos, des lustres, un vieux téléphone, un jeu d'échec. Inventaire à la Prévert ? Non. Inventaire d'une vie. Ce qui l'en reste à disperser. Celle de l'écrivain Julien Gracq, décédé le 22 décembre dernier, rendu célèbre notamment après avoir refusé le prix Goncourt en 1951 qui lui était attribué pour son livre Le Rivage des Syrtes.
Exposé actuellement à l'Hôtel des ventes Couton-Veyrac, le patrimoine de Julien Gracq - provenant de sa maison de Saint-Florent-le-Vieil et de son appartement parisien - tient à la fois de la salle des trésors et du sympathique vide-greniers.
Nombreux visiteurs
Hier, près de 200 visiteurs sont venus plonger dans l'intimité du jeune Louis Poirier devenu Julien Gracq. « On a vu pas mal de gens qui ne sont pas habitués des salles de ventes, passionnés par l'oeuvre de Julien Gracq », indique Aymeric Rouillac, commissaire priseur stagiaire.
Beaucoup de Nantais, à l'instar de Bernard, cadre dans une administration de 40 ans : « J'aimerais bien m'offrir un petit souvenir de cet auteur que j'apprécie. Je vise plutôt les bouquins ou les bibelots, plutôt les lots qui ne font pas l'objet d'estimations. Une lampe de chevet, une pendule, pourquoi pas : je trouve ça amusant, ça a un petit côté idolâtre... »
Dépasser l'image de l'ermite
« Venir ici, c'est découvrir toutes les facettes de la personnalité de Julien Gracq, souligne Aymeric Rouillac. C'est dépasser la seule image de l'ermite de Saint-Florent-le-Vieil. À travers les oeuvres d'art que collectionnait l'écrivain, comme ce nu de femme réalisé au fusain par Derain, on se rend compte que Julien Gracq était aussi un bon vivant. »
Entre autres pépites, figure une édition originale du Rivage des Syrtes (12 à 15 000 €), une édition du Chef-d'oeuvre inconnu de Balzac contenant 12 eaux-fortes de Picasso (15 à 18 000 €). Le clou de l'exposition ? « Sans nul doute la correspondance de Gracq avec André Breton », confie Henri Veyrac, commissaire priseur. Ce lot, qui sera probablement préempté par la Bibliothèque nationale de France, est mis à prix autour de 30 000 €. « Il devrait dépasser sans mal les 50 000 €. »
Y. G.
Exposition visible encore les 10 et 11 novembre de 9 h à 12 h
et de 14 h à 18 h, à l'Hôtel des Ventes Couton et Veyrac (10, rue Miséricorde). Ultime visite le 12 au matin.
La « vente Gracq »
est programmée
le 12 novembre, à 14 heures.
Presse-Océan
Vente Gracq : l'inventaire d'une vie exposé avant d'être mis aux enchères
La correspondance de Gracq avec André Breton, et ses échanges épistolaires avec René Magritte, constituent les plus belles pièces de la vente organisée le 12 novembre.
Un guéridon (estimation basse : 100 €), un buffet en bois frutier (2500 €), un portemanteau perroquet en bois (50 à 80 €), une horloge (150 €), une bibliothèque (300 à 500 €), la série des Voyages extraordinaires de Jules Verne, des livres par centaines, des photos, des lustres, un vieux téléphone, un jeu d'échec. Inventaire à la Prévert ? Non. Inventaire d'une vie. Ce qui l'en reste à disperser. Celle de l'écrivain Julien Gracq, décédé le 22 décembre dernier, rendu célèbre notamment après avoir refusé le prix Goncourt en 1951 qui lui était attribué pour son livre Le Rivage des Syrtes.
Exposé actuellement à l'Hôtel des ventes Couton-Veyrac, le patrimoine de Julien Gracq - provenant de sa maison de Saint-Florent-le-Vieil et de son appartement parisien - tient à la fois de la salle des trésors et du sympathique vide-greniers.
Nombreux visiteurs
Hier, près de 200 visiteurs sont venus plonger dans l'intimité du jeune Louis Poirier devenu Julien Gracq. « On a vu pas mal de gens qui ne sont pas habitués des salles de ventes, passionnés par l'oeuvre de Julien Gracq », indique Aymeric Rouillac, commissaire priseur stagiaire.
Beaucoup de Nantais, à l'instar de Bernard, cadre dans une administration de 40 ans : « J'aimerais bien m'offrir un petit souvenir de cet auteur que j'apprécie. Je vise plutôt les bouquins ou les bibelots, plutôt les lots qui ne font pas l'objet d'estimations. Une lampe de chevet, une pendule, pourquoi pas : je trouve ça amusant, ça a un petit côté idolâtre... »
Dépasser l'image de l'ermite
« Venir ici, c'est découvrir toutes les facettes de la personnalité de Julien Gracq, souligne Aymeric Rouillac. C'est dépasser la seule image de l'ermite de Saint-Florent-le-Vieil. À travers les oeuvres d'art que collectionnait l'écrivain, comme ce nu de femme réalisé au fusain par Derain, on se rend compte que Julien Gracq était aussi un bon vivant. »
Entre autres pépites, figure une édition originale du Rivage des Syrtes (12 à 15 000 €), une édition du Chef-d'oeuvre inconnu de Balzac contenant 12 eaux-fortes de Picasso (15 à 18 000 €). Le clou de l'exposition ? « Sans nul doute la correspondance de Gracq avec André Breton », confie Henri Veyrac, commissaire priseur. Ce lot, qui sera probablement préempté par la Bibliothèque nationale de France, est mis à prix autour de 30 000 €. « Il devrait dépasser sans mal les 50 000 €. »
Y. G.
Exposition visible encore les 10 et 11 novembre de 9 h à 12 h
et de 14 h à 18 h, à l'Hôtel des Ventes Couton et Veyrac (10, rue Miséricorde). Ultime visite le 12 au matin.
La « vente Gracq »
est programmée
le 12 novembre, à 14 heures.
Presse-Océan
Hommage à Julien GRACQ à l'E.N.S>> 5 février 2008
Hommage à Julien GRACQ à l'E.N.S.
Introduction de Monique Canto-Sperber
Présentation
1. Ouverture de la soirée par Monique Canto-Sperber, directrice de l’École normale supérieure :
Présentation du portrait de Julien Gracq réalisé par Arno Ivens (peintre et postier à Montpellier) lors d’une visite à l’écrivain à Saint-Florent-le-Vieil, en août 2007, et exposé à l’École normale supérieure (salle Dussane)
2. Extrait d’un entretien avec Julien Gracq (archives sonores de l’INA)
3. Présentation de l’hommage par Michel Murat, directeur du département "Littérature et Langages" de l’École normale supérieure
4. Témoignages et lectures de textes par des élèves de l’École normale supérieure :
Élodie Hennequin (géographie), Philippe Cazala (histoire), Jean-Baptiste Feller (géographie), Lucas Demurger (lettres)
5. Table ronde sur l’homme et son œuvre : interventions et archives sonores de l’INA. Liste des intervenants :
— Jean-Louis Tissier (Paris I-Panthéon Sorbonne et directeur de l’Institut de géographie de Paris), auteur d’entretiens avec Julien Gracq (repris dans les Œuvres complètes, Gallimard, La Pléiade, 1989),
— Régis Debray (ancien élève de l’ENS et écrivain), auteur de Critique de la raison politique (Gallimard, 1981) et de Par Amour de l’Art (Gallimard, 1998),
— Jean-Louis Leutrat (Paris III-Sorbonne nouvelle), auteur de Julien Gracq (Éd. universitaires, 1967 et Seuil, 1991) et directeur du Cahier de l’Herne consacré à Julien Gracq (Éd. de l’Herne, 1972),
— Michel Murat, auteur de l’article "Trois notes en hommage à Julien Gracq" (revue Esprit, mai 2008) et des ouvrages Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq, étude de style (José Corti, 1983) et L’Enchanteur réticent, essai sur Julien Gracq (José Corti, 2004)
6. Présentation et projection du film d’André Delvaux, Rendez-vous à Bray.
Introduction de Monique Canto-Sperber
Présentation
1. Ouverture de la soirée par Monique Canto-Sperber, directrice de l’École normale supérieure :
Présentation du portrait de Julien Gracq réalisé par Arno Ivens (peintre et postier à Montpellier) lors d’une visite à l’écrivain à Saint-Florent-le-Vieil, en août 2007, et exposé à l’École normale supérieure (salle Dussane)
2. Extrait d’un entretien avec Julien Gracq (archives sonores de l’INA)
3. Présentation de l’hommage par Michel Murat, directeur du département "Littérature et Langages" de l’École normale supérieure
4. Témoignages et lectures de textes par des élèves de l’École normale supérieure :
Élodie Hennequin (géographie), Philippe Cazala (histoire), Jean-Baptiste Feller (géographie), Lucas Demurger (lettres)
5. Table ronde sur l’homme et son œuvre : interventions et archives sonores de l’INA. Liste des intervenants :
— Jean-Louis Tissier (Paris I-Panthéon Sorbonne et directeur de l’Institut de géographie de Paris), auteur d’entretiens avec Julien Gracq (repris dans les Œuvres complètes, Gallimard, La Pléiade, 1989),
— Régis Debray (ancien élève de l’ENS et écrivain), auteur de Critique de la raison politique (Gallimard, 1981) et de Par Amour de l’Art (Gallimard, 1998),
— Jean-Louis Leutrat (Paris III-Sorbonne nouvelle), auteur de Julien Gracq (Éd. universitaires, 1967 et Seuil, 1991) et directeur du Cahier de l’Herne consacré à Julien Gracq (Éd. de l’Herne, 1972),
— Michel Murat, auteur de l’article "Trois notes en hommage à Julien Gracq" (revue Esprit, mai 2008) et des ouvrages Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq, étude de style (José Corti, 1983) et L’Enchanteur réticent, essai sur Julien Gracq (José Corti, 2004)
6. Présentation et projection du film d’André Delvaux, Rendez-vous à Bray.
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