lundi 17 août 2009

Une maison Gracq à Saint-Florent-le-Vieil 2 aout 2009

Une maison Gracq à Saint-Florent-le-Vieil
La maison natale de l'auteur des Eaux étroites va devenir une « maison des écrivains ». Un de ses souhaits avant sa mort.
Héritier de Jules Verne et des surréalistes, l'auteur d'Au château d'Argol est décédé en décembre 2007 à l'âge de 97 ans. Il souhaitait qu'après sa mort, sa maison, située sur le bord de la Loire à Saint-Florent-le-Vieil, devienne une « maison des écrivains ». Le projet est en bonne voie : Hervé de Charette, maire de la commune, vient accepter l'héritage de son illustre administré.

Compte tenu de l'importance de ce patrimoine immobilier et surtout des travaux qu'il nécessite, le cadeau pouvait paraître empoisonné. Le montant des travaux est estimé à 1 700 000 € !

Première légataire, la Fondation de France a déclaré forfait, faute de moyens suffisants. Avant de se décider, Hervé de Charette s'est donné le temps de la réflexion, en établissant de nombreux contacts avec la Région, le Département, le ministère de la Culture et même l'Élysée. Le statut d'ancien ministre permet d'ouvrir bien des portes.

Il a, semble-t-il, obtenu des garanties suffisantes de la Région, présidée par le socialiste Jacques Auxiette, pour lancer l'opération. La commune souhaite réaliser ce projet avec un groupement d'architectes et de bureaux d'études. Un appel d'offres va être lancé prochainement.

Ce lieu n'a pas vocation à devenir un musée ou une maison d'écrivain, Julien Gracq était opposé à cette idée. Il souhaitait qu'il devienne un espace vivant, ouvert aux créateurs. Le projet, d'envergure internationale, devrait aller dans ce sens.

M. C.
Ouest-France

vendredi 17 juillet 2009

Julien Gracq audio : Trois ouvrages de Julien Gracq dans la Voix du Nord

Trois ouvrages de Julien Gracq

jeudi 16.07.2009, 04:47 - La Voix du Nord

Pour Jean Lieffrig, une des réussites de la maison d'éditions Autrement dit est sans aucun doute la publication de trois oeuvres de Julien Gracq, le célèbre auteur disparu en 2007. Explications.

« Nous sommes les seuls au monde à qui Julien Gracq a cédé les droits d'enregistrement de lecture intégrale d'Un Balcon en forêt, des Eaux étroites et du Rivage des Syrtes », annonce fièrement Jean Lieffrig, calé dans le fauteuil d'un petit bureau, place des Archers, à Mons. Tout cela, évidemment, avant que le célèbre écrivain ne décède, fin 2007.
Trois oeuvres


À l'origine de cette cession se trouve une lecture, lors de laquelle Alain Carré, l'une des "voix" de la maison d'éditions, avait donné vie à Sylvie, l'une des nombreuses nouvelles Des Filles du feu, de Gérard de Nerval. Un récit qu'avait particulièrement apprécié l'écrivain.

Résultat, aujourd'hui, Un Balcon en forêt est déjà disponible sous forme de coffret CD, en MP3 ou encore en téléchargement direct sur le site d'Autrement dit.

Les deux autres ouvrages, Le Rivage des Syrtes et Les Eaux étroites, sont quant à eux uniquement disponibles en téléchargement, avant de l'être en CD ou en MP3.

Ironie du sort : l'édition d'Un balcon en forêt est sortie quasiment au moment de la mort de Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier. Un récit dont l'action se passe par ailleurs dans le nord de la France, du côté des Ardennes. •

mercredi 29 avril 2009

Le Figaro** confidentiel...L'écrivain Georges Walter

Une lettre inédite de Julien Gracq

L'écrivain Georges Walter avait reçu, lors de la parution de sa biographie d'Edgar Allan Poe en 1991, une lettre de Julien Gracq. Elle est publiée en postface à l'occasion de la réédition de l'ouvrage dans la collection de poche «Libretto». «Tous les fidèles de Poe - dont je suis - vous sauront gré de la masse de faits grands et petits que vous mettez au jour, et qui élargissent la connaissance d'une vie sur laquelle pourtant les données précises déjà ne manquaient pas», souligne l'auteur du Rivage des Syrtes.

mercredi 15 avril 2009

Georges Walter..dans le Figaro

Bicentenaire de Poe : la lettre de Gracq

À l'occasion du bicentenaire de la naissance d'Edgar Allan Poe, la biographie que lui a consacrée Georges Walter est rééditée en mai aux Éditions Phébus, dans la collection «Libretto». Avec, en postface, une lettre inédite que Julien Gracq avait adressée à l'auteur en février 1991. «Tous les fidèles de Poe - dont je suis - vous sauront gré de la masse de faits grands et petits que vous mettez au jour, et qui élargissent la connaissance d'une vie sur laquelle pourtant les données précises déjà ne manquaient pas», souligne l'écrivain. Un hommage que Georges Walter savoure comme une revanche. En 1997, les exemplaires restants d'«Enquête sur Edgar Allan Poe, poète américain» avaient été pilonnés par Flammarion, son éditeur d'origine.

mardi 10 mars 2009

«La vérité, c'est que je redoute le livre de trop.»

L'éditorial de François Busnel
Le désir d'être publié


Lire, mars 2009


Tout change, paraît-il. Non, il y a quelque chose qui ne change pas, ici, en France, quelque chose qui perdure, quelque chose qui fait toujours rêver, quelque chose que l'on érige en Graal et pour quoi l'on peut se battre toute une vie: le désir d'être publié. En France, tout le monde écrit. Voici un pays où l'on dénombre plus d'écrivains que de lecteurs. Où le livre est encore considéré comme un ami. C'est plutôt une bonne nouvelle! Le problème, c'est que tout le monde entend bien être édité...

Or, disons-le au risque de déplaire, ce n'est pas le livre qui fait l'écrivain. Pas plus que l'habit ne fait le moine. Etre édité est un rêve. Comme tous les rêves, il faut donc le réaliser. Ne jamais renoncer. Tout entreprendre pour qu'un manuscrit de-vienne, le plus tôt possible, un véritable livre. Soit. Mais savoir, aussi, quels obstacles il faudra surmonter, à quels dangers il faudra faire face. Savoir, surtout, qu'une fois publié un livre est soumis aux caprices d'un sort dont nul ne peut prédire l'issue. Un livre, c'est une coque de noix lancée en pleine mer: il lui arrive ce que les flots et les vents décident, jamais ce que l'armateur ou le skippeur imaginaient. Je ne cherche pas, en écrivant cela, à désespérer les écrivains en herbe. Mais à les préparer à ce qui les attend. L'écrivain doit avant tout faire sienne la maxime de Marc Aurèle: «Il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui n'en dépendent point.» Ce qui dépend de nous, c'est de tout faire pour être édité; ce qui ne dépend pas de nous, c'est d'avoir prise sur l'accueil qui sera fait à nos livres.

Le désir d'être publié ferait sans doute le miel de ceux qui font profession d'observer les névroses de quiconque bouge encore (pourquoi diable, en effet, souhaite-t-on à tout prix transformer un manuscrit en livre?). Mais Lire n'est pas un magazine de psychologie; nous nous contenterons donc de vous offrir les conseils que nous croyons les plus justes, ceux que nous dispensons aux nombreux auteurs de romans, journaux, écrits intimes ou sagas qui, chaque jour, nous envoient leurs trésors avec l'espoir que nous les transmettrons à un éditeur. A ce propos, s'il vous plaît, chers lecteurs, chers abonnés, ne nous adressez plus vos manuscrits! Oh, ce n'est pas que nous ne nous y intéressons pas, mais, voilà, il faut vous dire l'horrible vérité: nous ne sommes pas éditeurs. Nous sommes journalistes. Notre métier consiste à lire ce qui a déjà été publié, pas à faire publier ce qui doit l'être. Et, non, je vous l'assure, nous ne connaissons pas un éditeur qui... Le mélange des genres (journaliste-écrivain-éditeur-membre de jury...), très peu pour nous. A chacun son métier.

Le désir d'être publié, donc. Il revient, plus fort encore, à chaque rentrée littéraire. Un petit tour en librairie suffit à se convaincre que oui, pourquoi pas moi, au milieu de tant d'ouvrages, de tant de nouveautés... Oui, en effet. Mais les tables des libraires sont, pour qui vient d'achever son oeuvre dans la fièvre, un véritable trompe-l'oeil. Du manuscrit à la librairie, le parcours est long, sinueux, rempli d'embûches et soumis au hasard, chargé d'espoir et lourd de soupirs.

La plupart du temps, tout commence ainsi: «J'ai écrit un livre. Une sorte de roman. Et je me demandais comment faire...» Les mots de Truffaut dits par Charles Denner dans L'homme qui aimait les femmes. «Eh bien si c'est un roman, vous pouvez le proposer aux éditeurs. Mais ne vous faites pas d'illusions. Si vous n'avez pas une rubrique dans un journal, si vous n'êtes pas pistonné, c'est la croix et la bannière pour faire éditer un premier livre. Mais vous pouvez toujours essayer», lui répond le médecin de province sagement assis devant sa rangée de Pléiades en exhibant son propre ouvrage, «publié à compte d'auteur». Denner a raison et le médecin a tort. Il faut toujours se faire des illusions. Le piston n'est pas, n'est plus, la règle d'or pour se faire éditer. Le croire, c'est s'enfermer dans la spirale de l'aigreur. Un bon manuscrit trouve sa voie. Toujours. C'est long. C'est lent. Cela arrive après mille refus. Mais ça arrive.

«Publier, c'est l'art d'accommoder les restes», disait Paul Valéry. Amertume ou moquerie? Les deux, sans doute. Les apprentis écrivains devraient donc lire Marc Aurèle, Paul Valéry, et ce numéro de Lire. Ils feraient bien d'ajouter à ce programme le très beau livre que Jérôme Garcin fait paraître au Mercure de France: une plongée chez les écrivains. On découvre, dans Les livres ont un visage (240 p., 17 euros), l'intimité d'une oeuvre, les coulisses de la création. C'est lumineux. Plein d'espoir. Et puis, surtout, il y a ce scoop... Rendant visite à Julien Gracq et s'étonnant que l'un des plus grands écrivains du XXe siècle ne publie plus depuis des années, Jérôme Garcin s'entend répondre ceci, que devraient méditer tous ceux qui écrivent et tous ceux qui désirent être publiés: «La vérité, c'est que je redoute le livre de trop.» Imparable.

samedi 31 janvier 2009

Il y a mille façons de partir à l'assaut d'une ville. (>>>Provisoire mais excellent sur Nantes)

Il y a mille façons de partir à l'assaut d'une ville. Mille manières de l'arpenter, de se l'approprier, d'en saisir les secrets. Celle, par exemple, d'un Julien Gracq découvrant Nantes "à l'aventure", "en petit sauvage", "sans le moindre souci d'en ranger les éléments par ordre d'excellence" (1).

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Extrait

"J'adore les villes qui n'en sont pas. Tous mes amis détestent Los Angeles, alors que je l'ai tout de suite aimé, son climat, son fouillis d'autoroutes, ses palmiers, ses immenses boulevards (...). Je sais depuis longtemps qu'on ne vit pas à l'unisson des "belles villes", même si on ne se lasse pas de les regarder. J'ai été malheureuse comme les pierres à Prague, pourtant une des plus belles villes du monde, mal dans ma peau à Venise, pas toujours très bien à Paris et ainsi de suite. Dans les villes-patchworks, dites sans cachet comme Los Angeles, comme Montréal, dans ces juxtapositions de "villages" faits de bric et de broc, je m'épanouis, je m'insinue dans les interstices, je crée mon espace. Ce sont des villes "entre". Elles ne me terrorisent pas par leur passé, leur monumentalité, leur patrimoine à préserver, leur urbanisme harmonieux. Je suis à l'unisson des villes déglinguées, des friches où le sens est en déroute, espaces nomades où je peux tailler ma place."


"Mégapolis" (page 224.)

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Ou bien celle, plus méthodique, d'Anaïk Frantz et François Maspero, qui sillonnèrent pendant un mois la ligne B du RER parisien en se donnant pour règle de passer une journée autour de chaque station afin de s'imprégner de la moindre parcelle de l'espace urbain (2). Comme Olivier Rolin, on peut décider de mettre ses pas dans ceux des autres, cheminer dans Prague, Lisbonne ou Dublin en mimant les allées et venues de Kafka, de Pessoa ou de Joyce (3). On peut aussi, à l'instar des artistes du groupe Stalker, fuir les espaces habités pour traquer la "ville résiduelle", celle dont l'âme se love dans les terrains vagues et les quartiers en friche.

On peut enfin ne pas choisir, s'autoriser les déambulations les plus variées, admettre que, pour découvrir une ville, tous les "principes d'investigation" sont légitimes. C'est le cas de Régine Robin. Ce refus de tout systématisme n'a rien d'étonnant de la part de cette universitaire hors norme, romancière à ses heures, dont l'oeuvre protéiforme, jalonnée d'études savantes et de textes plus personnels, se déploie depuis une quarantaine d'années à la charnière de l'histoire, de la sociologie et de la linguistique.

Spécialiste de la Bourgogne de la fin du XVIIIe siècle autant que de Kafka et du réalisme socialiste, Régine Robin n'a jamais fait mystère de sa "passion des grandes villes". On se souvient de son vagabondage érudit dans la mémoire architecturale et littéraire de la capitale allemande (Berlin chantiers, Stock, 2001). Le passionnant Mégapolis, qui paraît aujourd'hui, en est un peu le prolongement. Même si l'histoire y est convoquée de façon plus discrète que dans le précédent livre, la méthode est analogue : se définissant comme "flâneur sociologique", l'auteur s'intéresse moins à la "ville réelle" qu'à la "ville fantasmée", cette image que chacun s'en fait à partir de ses promenades, de ses souvenirs et de ses lectures. Cinq "villes-monstres" sont au coeur de l'ouvrage : New York, Los Angeles, Tokyo, Buenos Aires et Londres.

Comment "prendre à bras-le-corps" ces cinq mégapoles "fascinantes, troublantes, passionnantes, épuisantes" ? Pour relever le défi, Régine Robin n'a pas manqué d'imagination. A Londres, elle s'est rendue dans "tous les terminus de toutes les lignes de métro", convaincue que cet "encerclement" par la périphérie était le seul moyen de "cerner" cette "ville de fragments, d'éclats (et) de chaos". A New York, en revanche, c'est en remontant Broadway, la colonne vertébrale de Manhattan, qu'elle a eu l'impression de mieux saisir le "halètement" de la ville, "son énergie explosive, magnétique, vitale". A Los Angeles, elle a délibérément renoncé à circuler en voiture : car rien ne remplace le bus ou la marche, explique-t-elle, pour explorer ces vastes "espaces sans qualité" - parkings, rangées d'immeubles... - constitutifs de la cité californienne.

Ce livre est d'abord la chronique, souvent drôle, parfois un brin nostalgique, de ses "performances". Mais il n'est pas que cela. Car Régine Robin est une lectrice et une cinéphile boulimique, qui a le don de faire partager ses enthousiasmes. Ses pérégrinations sont aussi celles de dizaines de personnages de fiction, sur les traces desquels elle n'a pas hésité à marcher : Harry Bosch, le flic des romans de Michael Connelly, qui l'oriente dans les "arcanes" du downtown de Los Angeles ; Bruno Cadogan, le narrateur du Chanteur de tango, de Tomas Eloy Martinez, qui l'emmène sur les lieux de mémoire de la capitale argentine ; ou encore les héros d'Hanif Kureishi, grâce à qui elle découvre le Londres interlope des travestis et des dealers.

"ESTHÉTIQUE DE LA DÉGLINGUE"

Mises bout à bout, ces références finissent par dessiner une sorte de "géographie sentimentale" d'un subjectivisme assumé. Car Régine Robin a ses obsessions. Elle aime "l'esthétique de la déglingue" - les échangeurs, les embouteillages, les klaxons, les sirènes, les affiches publicitaires, les graffitis et les néons criards. Elle avoue son goût pour les chambres d'hôtel donnant sur de grandes artères, les seules qui lui permettent de percevoir le "timbre" de la ville. C'est enfin, comme aurait dit Jean Paulhan, une véritable "métromane", pour qui sillonner le sous-sol d'une ville est aussi instructif que de circuler en surface.

On peut bien sûr ne pas partager tous ses tropismes, la trouver injuste avec Brooklyn et Santa Monica, ou ne pas adhérer à sa vision angoissée du Grand Londres. Il n'empêche. Régine Robin, comme jadis un Baudelaire, un Walter Benjamin ou un Siegfried Kracauer, sait trouver les mots justes pour célébrer la figure du "flâneur". Et pour chanter, avec une foi revigorante dans la modernité, ce qu'elle appelle joliment la "poétique des mégapoles".
MÉGAPOLIS. LES DERNIERS PAS DU FLÂNEUR de Régine Robin. Stock, "Un ordre d'idées", 402 p., 25 €.

(1) La Forme d'une ville, José Corti, 1985.

(2) Les Passagers du Roissy-Express, Seuil, 1990.

(3) Sept villes, Rivages, 1988.

Thomas Wieder