lundi 22 septembre 2008

Presse Ocean L’élève Louis Poirier vu par son professeur de lettres, Georges Kirn

L’élève Louis Poirier vu par son professeur de lettres, Georges Kirn

Georges Kirn, professeur de lettres.
En 1951, au lendemain de l’attribution du Prix Goncourt à Julien Gracq, pour Le Rivage des Syrtes, Georges Kirn dit tout le bien qu’il pense de son élève de seconde de l’année scolaire 1925-1926.
" Le plus étonnant, ce n’est pas que le Goncourt le couronne cette année, mais qu’il ne l’ait pas couronné dès son premier livre en 1938.Il était à l’aise dans toutes les matières, en latin, en grec, en maths…Et vous savez que lorsqu’il lui fallut choisir une orientation, c’est l’agrégation d’histoire qu’il choisit. Ce qui ne l’empêcha pas, tout en préparant Normale, d’être brillamment reçu au concours de sortie de l’Ecole des sciences politiques.Lorsqu’il était mon élève, il était très en avance sur les programmes. Les mouvements littéraires les plus fermés lui étaient familiers. Il lisait beaucoup. Sa facilité de travail lui permettait de le faire sans perte de temps.Plusieurs fois, il m’a fait lire ses poèmes. On pouvait y retrouver bien sûr une forte influence du symbolisme, mais par delà cette part d’imitation qui tenait à son âge, il y avait un instinct très sûr du poème et de la poésie. Sentiments et formes portaient la marque d’une maturité très personnelle.Il avait un jugement très sûr. Je me souviens d’une analyse qu’il m’avait faite sur un poème d’Henri de Régnier. Tout ce qu’il fallait en dire y était. Il voyait juste.Il lui est même arrivé d’être desservi par cette sûreté de jugement. C’était à sa première partie de bachot ; à ce moment-là, on donnait encore des commentaires de textes à l’écrit.Le commentaire portait sur « La flûte » de Vigny. Poirier avait fait une analyse très serrée, faisant la part du prosaïsme de Vigny. Cela dut mécontenter le correcteur, si bien que Poirier n’eut qu’un 14 au lieu du 18 ou 19 qu’il eût dû avoir."Propos tenus en décembre 1951 au journal La Résistance de l’Oues

mardi 16 septembre 2008

Robert de Goulaine dans Ouest France 16/09/2008

Robert de Goulaine. C'est Julien Gracq qui lui a mis le pied à l'étrier. « Un ami. Pendant vingt ans, jusqu'à la fin de sa vie, on se voyait tous les quinze jours. » Robert de Goulaine habite un château près de Nantes, où il élève des papillons, veille sur ses vignes, où il écrit. Son neuvième livre, Tant et si peu, est publié aux éditions du Rocher. C'est celui d'un écrivain élégant et philosophe. « Plus on a de passions, moins l'on a de risques de succomber à l'une d'entre elles », dit-il. Alors, il observe le microcosme parisien à bonne distance. « Je suis hors du coup, vu mon âge (75 ans), vu que j'habite Goulaine. C'est une chance. Sinon je serais tombé dans la nécessité de toujours publier davantage. Je n'ai jamais été grand public. Mon plaisir a été d'être apprécié par des gens qui comptent. »


Marc PENNEC.

lundi 8 septembre 2008

LIvres Hebdo 23 décembre 2007

Julien Gracq disparaît
Publié le 23 décembre 2007 par vt, afp

(Photo : Julien Gracq)

Julien Gracq est mort à 97 ans. Il avait abordé tous les genres littéraires en près de sept décennies d'écriture. L'auteur des "Rivages de Syrtes" laisse une oeuvre majeure, nourrie du romantisme germanique, de fantastique et de surréalisme. Il fut l'un des rares écrivains à être publié de son vivant dans la Pléiade.

L'écrivain français Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, auteur notamment du Rivages des Syrtes, est mort samedi à l'âge de 97 ans des suites d'un malaise, a-t-on appris dimanche auprès de son entourage. L'auteur avait été hospitalisé en début de semaine après avoir eu un malaise à son domicile de Saint-Florent-le-Vieil (Pays de la loire), dans l'ouest de la France, où il vivait retiré depuis de nombreuses années, selon la même source.

Né le 27 juillet 1910 dans ce même village, Julien Gracq figurait parmi les très grands écrivains francais. Auteur de 19 ouvrages, Julien Gracq nourrissait son oeuvre de romantisme allemand, de fantastique et de surréalisme.

Il avait refusé le Goncourt

Homme secret et rétif aux honneurs, Julien Gracq avait refusé le prix Goncourt en 1951 pour son chef d'oeuvre Le rivage des Syrtes. Mais il avait cependant accepté d'entrer en 1989 dans la prestigieuse collection de Gallimard, la Pléiade. Jamais édité en poche, ses textes n'avaient connu que des tirages limités, ce qui ne l'avait pas empêché d'acquérir un immense prestige auprès d'un public lettré.

Julien Gracq a étudié à l'Ecole normale supérieure et à Sciences-po et obtenu son agrégation d'histoire et de géographie. Il a écrit tout en enseignant dans des lycées de Quimper, Nantes, Amiens et Paris. Il a choisi le nom de Gracq pour de simples "raisons de rythme et de sonorité".

En 1938, il présente en vain le manuscrit de Au château d'Argol à la NRF (Gallimard). Il s'adresse alors à l'éditeur et libraire José Corti, à qui il restera fidèle durant toute sa vie. En 1939, après avoir rencontré André Breton, chef de file du surréalisme, il devient un compagnon de route du mouvement dont il s'éloigne cependant assez vite. Avec une perfection de style frisant parfois la préciosité, il était pamphlétaire dans La littérature à l'estomac (1950), où il stigmatisait les moeurs littéraires, poète dans Liberté grande (1947), critique dans Préférences (1967), nouvelliste dans La presqu'île (1970) et, bien sûr, romancier dans Un beau ténébreux (1945) ou Un balcon en forêt (1958). Certaines de ces oeuvre sont été adaptées au cinéma.

Julien Gracq a abordé des genres différents dans ses 19 livres (poésie, théâtre, critiques, romans, essais, nouvelles, etc...).Son dernier livre, Entretiens, est paru en 2002, et comme dans ses précédents livres, Julien Gracq avait choisi un travail d'édition à l'ancienne, sur des feuillets non massicotés, que le lecteur se doit d'ouvrir au coupe-papier comme un journal intime. De très nombreux ouvrages savants sont parus sur son oeuvre, traduite en plusieurs langues. Ses oeuvres complètes sont publiées dans la collection prestigieuse de Gallimard "La Pléiade".

Jean-Maurice de Montremy lui rendait hommage dans son récent blog avec cette citation prophétique signée Gracq : "Tout ce qui a la couleur du songe est, de nature, prophétique et tourné vers l’avenir. "

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Site internet officiel : http://www.jose-corti.fr/auteursfrancais/presentation-gracq.html

Julien Gracq dans les programmes du Capes

jeudi 28 août 2008

Laurence Ferrari dans Paris Match

Et de fait, même dans ce bureau, nul indice sur son jardin secret. Rien qui traîne. Quelques news, mais alignés avec la même rigueur qu’à la médiathèque municipale. Pour le reste, seulement des balises persos, comme ce vieux manuel d’anglais de quatrième dont on ne voit pas trop bien ce qu’il vient faire là : «Autodérision, parce que j’ai vraiment des progrès à faire!» Puis on écarquille les yeux sur la une du «Libé» encadrée qui annonce la mort de Julien Gracq. Pour une fois, Laurence Ferrari en devient presque romantique : «Je suis une vieille fan du “Rivage des Syrtes”. J’ai été jusqu’à en recopier des extraits entiers sur un cahier...» J’ai dû cependant manquer le plus précieux de ses repères car c’est elle, pour une fois, qui me pointe sur le mur un portrait de Baudelaire. Puis me lit à haute voix la citation qui l’accompagne. Sa devise, à l’évidence. Elle n’est pas franchement gaie : «Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser.» Baudelaire et Gracq à TF1... Surprenant, non? Et pourquoi ce culte du travail? Par désespoir? «Oui.» Puis elle enclenche la marche arrière. «Non, non, je corrige. J’ai beaucoup d’aptitude au bonheur. Je veux simplement dire que la vacuité, l’oisiveté me terrorisent. J’ai besoin de faire quelque chose de ma vie. L’humain ne cesse jamais de me passionner, même si je suis pessimiste et que je n’ai pas une haute idée de la nature humaine. Pourquoi ce plafond de verre, par exemple, qui bloque partout la carrière des femmes? Pourquoi à la télé aucune femme patron de chaîne? Moyennant quoi, je m’efforce toujours de revenir à l’essentiel. Cela, je l’ai appris le jour où, jeune journaliste à Europe 1, avec le même micro et à quelques heures d’intervalle, j’ai interviewé Yves Saint Laurent et Catherine Deneuve puis des sans-papiers maliens qui vivaient au milieu des rats.»

vendredi 22 août 2008

Olivet 45 « Le roi pêcheur » de Julien Gracq

« Côté jardin » se prépare en coulisses à Olivet
Publié le 22 août 2008 - 08:58
« Tango , 1er mouvement » avait ouvert le bal du dernier festival « Côté jardin », le 6 septembre 2007, sur la commune d'Olivet.
La septième édition des rencontres théâtrales s'ouvrira le jeudi 4 septembre, à 21 heures, au théâtre de verdure du Poutyl, avec « Le roi pêcheur » de Julien Gracq. Quatre soirées en plein air au programme.

Pour 2008, tout commencera par la quête du Graal, le jeudi 4 septembre, avec « Le roi pêcheur » de Julien Gracq, interprété par la compagnie Théâtre du 1er vol de l'hirondelle. La mise en scène est signée Laurence Arpi. Douze acteurs et un musicien feront revivre le mythe du Graal.

Michel Chaillou

mardi 25 décembre
Julien Gracq
Cet écrivain de grand talent vient de mourir à un âge assez avancé. J'égrène à voix basse comme une prière les titres de ses livres. Ce sentiment d'exil que me procure la moindre de ses phrases, comme un appel à des patries perdues. J'ai lu autrefois avec émotion Le rivage des Syrthes, Au château d'Argol, Un Beau Ténébreux. Depuis des années je ne le lis plus, mon chemin d'écriture s'est poursuivi ailleurs, mais je le savais là, au bord de la Loire, ce fleuve auprès duquel je suis né, la Loire, cette déclamation de la France jetée dans l'Océan. Je n'ai jamais vu Julien Gracq mais c'est comme si je l'avais rencontré tant ses livres font entendre sa voix rectiligne. Un écrivain c'est une solitude mais de savoir que la sienne a disparu me touche profondément. C'est tout.
Michel Chaillou

mardi 19 août 2008

"Taille : moyenne. Visage : banal. Habillement : neutre. Pas de signes particuliers, sauf une verrue sur la joue. " Michel Volkovitch

FANTÔMES

Taille : moyenne. Visage : banal. Habillement : neutre. Pas de signes particuliers, sauf une verrue sur la joue.

Je n'ai jamais été son élève. Il n'était qu'une silhouette croisée dans les couloirs, carte de géographie sous le bras, sérieux, perdu dans ses pensées ou semblant ne pas en avoir.

Si je parle de ce fantôme, c'est que derrière cet anodin M. Poirier, professeur d'histoire-géographie au lycée Claude-Bernard à Paris, se cachait un personnage fabuleux. Oui : Julien Gracq. J'ai côtoyé pendant sept ans l'un des grands de ce siècle, un des écrivains dont les livres, par la suite, ont le plus compté pour moi. J'aurais même pu l'avoir comme professeur, si au lieu de passer en première littéraire je n'avais préféré suivre en section scientifique mes bons copains Jean-Marie Clément, Jean Sotiriadis, Olivier Moch, Pierre Strobel, Christian Dispot, Didier Chartier, Claude Rambach... Et cela n'a fait à l'époque ni chaud ni froid au petit crétin que j'étais.

Nous savions pourtant qu'il écrivait, que dix ans plus tôt cet homme d'une discrétion maladive avait causé, ô paradoxe, un scandale énorme en refusant le prix Goncourt. Mais nous ne l'avions pas lu, il n'était pas encore statufié, pléiadisé, et l'humble apparence de ce Poirier-là aurait eu de quoi doucher les plus brûlantes ferveurs.

Plus tard, j'ai regretté le rendez-vous manqué de 1963. J'ai harcelé de questions ses anciens élèves, pour essayer d'imaginer les cours du grand homme. Échec total. Rien à dire. Bon prof, oui, sans doute, mais distant, absent ; ne parlant jamais de ses livres ou même de ceux des autres. Rien que l'histoire et la géo, rien que le programme.

Une seule anecdote m'est parvenue, qui résume tout : un imprudent étant allé à la fin du cours, Rivage des syrtes en main, quémander une dédicace, le prof avait sèchement refusé. Il aurait même nié être l'écrivain s'il avait pu. Georges Perec, qui fut son élève au même lycée en 5e (si j'en crois Les lieux d'une fugue), n'a jamais, que je sache, écrit une ligne sur lui, comme si pour une fois il ne se souvenait de rien. Doctor Poirier avait réussi à faire oublier Mister Gracq, sa créature au nom claironnant et craquant comme des bottes neuves, ce Julien caracolant comme un héros de Stendhal — antithèse absolue du nom officiel si plat, aux syllabes désolamment molles.

Louis Poirier la tenait enfermée, cette créature, comme si c'était un monstre dangereux, tel celui du professeur Frankenstein — mais avec plus de succès : notre homme a mis une espèce de génie, non seulement dans ses livres et son pseudo, mais dans la séparation parfaite entre ses deux dissonantes moitiés. (À moins que la fameuse verrue n'en ait été l'unique résurgence, bulle montée des profondeurs, seul cri audible du captif, aussitôt figé ?)

Jamais on ne fut terne avec autant d'éclat.

Moralité : si j'avais eu Poirier pour prof, jamais, cette année-là, je n'aurais rencontré Gracq. Cela me donnerait peut-être le courage, il est vrai, d'aller voir aujourd'hui le très vieil homme à Saint-Florent-sur-Loire où il achève son existence physique, comme on va saluer, avec tendresse et gratitude, la fidèle habilleuse d'une diva défunte. Mais oserais-je évoquer devant lui l'absent immense ? Et surtout, si j'avais été son élève, aurais-je envie de le revoir ?



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