jeudi 28 août 2008
Laurence Ferrari dans Paris Match
Et de fait, même dans ce bureau, nul indice sur son jardin secret. Rien qui traîne. Quelques news, mais alignés avec la même rigueur qu’à la médiathèque municipale. Pour le reste, seulement des balises persos, comme ce vieux manuel d’anglais de quatrième dont on ne voit pas trop bien ce qu’il vient faire là : «Autodérision, parce que j’ai vraiment des progrès à faire!» Puis on écarquille les yeux sur la une du «Libé» encadrée qui annonce la mort de Julien Gracq. Pour une fois, Laurence Ferrari en devient presque romantique : «Je suis une vieille fan du “Rivage des Syrtes”. J’ai été jusqu’à en recopier des extraits entiers sur un cahier...» J’ai dû cependant manquer le plus précieux de ses repères car c’est elle, pour une fois, qui me pointe sur le mur un portrait de Baudelaire. Puis me lit à haute voix la citation qui l’accompagne. Sa devise, à l’évidence. Elle n’est pas franchement gaie : «Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser.» Baudelaire et Gracq à TF1... Surprenant, non? Et pourquoi ce culte du travail? Par désespoir? «Oui.» Puis elle enclenche la marche arrière. «Non, non, je corrige. J’ai beaucoup d’aptitude au bonheur. Je veux simplement dire que la vacuité, l’oisiveté me terrorisent. J’ai besoin de faire quelque chose de ma vie. L’humain ne cesse jamais de me passionner, même si je suis pessimiste et que je n’ai pas une haute idée de la nature humaine. Pourquoi ce plafond de verre, par exemple, qui bloque partout la carrière des femmes? Pourquoi à la télé aucune femme patron de chaîne? Moyennant quoi, je m’efforce toujours de revenir à l’essentiel. Cela, je l’ai appris le jour où, jeune journaliste à Europe 1, avec le même micro et à quelques heures d’intervalle, j’ai interviewé Yves Saint Laurent et Catherine Deneuve puis des sans-papiers maliens qui vivaient au milieu des rats.»
vendredi 22 août 2008
Olivet 45 « Le roi pêcheur » de Julien Gracq
« Côté jardin » se prépare en coulisses à Olivet
Publié le 22 août 2008 - 08:58
« Tango , 1er mouvement » avait ouvert le bal du dernier festival « Côté jardin », le 6 septembre 2007, sur la commune d'Olivet.
La septième édition des rencontres théâtrales s'ouvrira le jeudi 4 septembre, à 21 heures, au théâtre de verdure du Poutyl, avec « Le roi pêcheur » de Julien Gracq. Quatre soirées en plein air au programme.
Pour 2008, tout commencera par la quête du Graal, le jeudi 4 septembre, avec « Le roi pêcheur » de Julien Gracq, interprété par la compagnie Théâtre du 1er vol de l'hirondelle. La mise en scène est signée Laurence Arpi. Douze acteurs et un musicien feront revivre le mythe du Graal.
Publié le 22 août 2008 - 08:58
« Tango , 1er mouvement » avait ouvert le bal du dernier festival « Côté jardin », le 6 septembre 2007, sur la commune d'Olivet.
La septième édition des rencontres théâtrales s'ouvrira le jeudi 4 septembre, à 21 heures, au théâtre de verdure du Poutyl, avec « Le roi pêcheur » de Julien Gracq. Quatre soirées en plein air au programme.
Pour 2008, tout commencera par la quête du Graal, le jeudi 4 septembre, avec « Le roi pêcheur » de Julien Gracq, interprété par la compagnie Théâtre du 1er vol de l'hirondelle. La mise en scène est signée Laurence Arpi. Douze acteurs et un musicien feront revivre le mythe du Graal.
Michel Chaillou
mardi 25 décembre
Julien Gracq
Cet écrivain de grand talent vient de mourir à un âge assez avancé. J'égrène à voix basse comme une prière les titres de ses livres. Ce sentiment d'exil que me procure la moindre de ses phrases, comme un appel à des patries perdues. J'ai lu autrefois avec émotion Le rivage des Syrthes, Au château d'Argol, Un Beau Ténébreux. Depuis des années je ne le lis plus, mon chemin d'écriture s'est poursuivi ailleurs, mais je le savais là, au bord de la Loire, ce fleuve auprès duquel je suis né, la Loire, cette déclamation de la France jetée dans l'Océan. Je n'ai jamais vu Julien Gracq mais c'est comme si je l'avais rencontré tant ses livres font entendre sa voix rectiligne. Un écrivain c'est une solitude mais de savoir que la sienne a disparu me touche profondément. C'est tout.
Michel Chaillou
Julien Gracq
Cet écrivain de grand talent vient de mourir à un âge assez avancé. J'égrène à voix basse comme une prière les titres de ses livres. Ce sentiment d'exil que me procure la moindre de ses phrases, comme un appel à des patries perdues. J'ai lu autrefois avec émotion Le rivage des Syrthes, Au château d'Argol, Un Beau Ténébreux. Depuis des années je ne le lis plus, mon chemin d'écriture s'est poursuivi ailleurs, mais je le savais là, au bord de la Loire, ce fleuve auprès duquel je suis né, la Loire, cette déclamation de la France jetée dans l'Océan. Je n'ai jamais vu Julien Gracq mais c'est comme si je l'avais rencontré tant ses livres font entendre sa voix rectiligne. Un écrivain c'est une solitude mais de savoir que la sienne a disparu me touche profondément. C'est tout.
Michel Chaillou
mardi 19 août 2008
"Taille : moyenne. Visage : banal. Habillement : neutre. Pas de signes particuliers, sauf une verrue sur la joue. " Michel Volkovitch
FANTÔMES
Taille : moyenne. Visage : banal. Habillement : neutre. Pas de signes particuliers, sauf une verrue sur la joue.
Je n'ai jamais été son élève. Il n'était qu'une silhouette croisée dans les couloirs, carte de géographie sous le bras, sérieux, perdu dans ses pensées ou semblant ne pas en avoir.
Si je parle de ce fantôme, c'est que derrière cet anodin M. Poirier, professeur d'histoire-géographie au lycée Claude-Bernard à Paris, se cachait un personnage fabuleux. Oui : Julien Gracq. J'ai côtoyé pendant sept ans l'un des grands de ce siècle, un des écrivains dont les livres, par la suite, ont le plus compté pour moi. J'aurais même pu l'avoir comme professeur, si au lieu de passer en première littéraire je n'avais préféré suivre en section scientifique mes bons copains Jean-Marie Clément, Jean Sotiriadis, Olivier Moch, Pierre Strobel, Christian Dispot, Didier Chartier, Claude Rambach... Et cela n'a fait à l'époque ni chaud ni froid au petit crétin que j'étais.
Nous savions pourtant qu'il écrivait, que dix ans plus tôt cet homme d'une discrétion maladive avait causé, ô paradoxe, un scandale énorme en refusant le prix Goncourt. Mais nous ne l'avions pas lu, il n'était pas encore statufié, pléiadisé, et l'humble apparence de ce Poirier-là aurait eu de quoi doucher les plus brûlantes ferveurs.
Plus tard, j'ai regretté le rendez-vous manqué de 1963. J'ai harcelé de questions ses anciens élèves, pour essayer d'imaginer les cours du grand homme. Échec total. Rien à dire. Bon prof, oui, sans doute, mais distant, absent ; ne parlant jamais de ses livres ou même de ceux des autres. Rien que l'histoire et la géo, rien que le programme.
Une seule anecdote m'est parvenue, qui résume tout : un imprudent étant allé à la fin du cours, Rivage des syrtes en main, quémander une dédicace, le prof avait sèchement refusé. Il aurait même nié être l'écrivain s'il avait pu. Georges Perec, qui fut son élève au même lycée en 5e (si j'en crois Les lieux d'une fugue), n'a jamais, que je sache, écrit une ligne sur lui, comme si pour une fois il ne se souvenait de rien. Doctor Poirier avait réussi à faire oublier Mister Gracq, sa créature au nom claironnant et craquant comme des bottes neuves, ce Julien caracolant comme un héros de Stendhal — antithèse absolue du nom officiel si plat, aux syllabes désolamment molles.
Louis Poirier la tenait enfermée, cette créature, comme si c'était un monstre dangereux, tel celui du professeur Frankenstein — mais avec plus de succès : notre homme a mis une espèce de génie, non seulement dans ses livres et son pseudo, mais dans la séparation parfaite entre ses deux dissonantes moitiés. (À moins que la fameuse verrue n'en ait été l'unique résurgence, bulle montée des profondeurs, seul cri audible du captif, aussitôt figé ?)
Jamais on ne fut terne avec autant d'éclat.
Moralité : si j'avais eu Poirier pour prof, jamais, cette année-là, je n'aurais rencontré Gracq. Cela me donnerait peut-être le courage, il est vrai, d'aller voir aujourd'hui le très vieil homme à Saint-Florent-sur-Loire où il achève son existence physique, comme on va saluer, avec tendresse et gratitude, la fidèle habilleuse d'une diva défunte. Mais oserais-je évoquer devant lui l'absent immense ? Et surtout, si j'avais été son élève, aurais-je envie de le revoir ?
http://www.volkovitch.com/
Taille : moyenne. Visage : banal. Habillement : neutre. Pas de signes particuliers, sauf une verrue sur la joue.
Je n'ai jamais été son élève. Il n'était qu'une silhouette croisée dans les couloirs, carte de géographie sous le bras, sérieux, perdu dans ses pensées ou semblant ne pas en avoir.
Si je parle de ce fantôme, c'est que derrière cet anodin M. Poirier, professeur d'histoire-géographie au lycée Claude-Bernard à Paris, se cachait un personnage fabuleux. Oui : Julien Gracq. J'ai côtoyé pendant sept ans l'un des grands de ce siècle, un des écrivains dont les livres, par la suite, ont le plus compté pour moi. J'aurais même pu l'avoir comme professeur, si au lieu de passer en première littéraire je n'avais préféré suivre en section scientifique mes bons copains Jean-Marie Clément, Jean Sotiriadis, Olivier Moch, Pierre Strobel, Christian Dispot, Didier Chartier, Claude Rambach... Et cela n'a fait à l'époque ni chaud ni froid au petit crétin que j'étais.
Nous savions pourtant qu'il écrivait, que dix ans plus tôt cet homme d'une discrétion maladive avait causé, ô paradoxe, un scandale énorme en refusant le prix Goncourt. Mais nous ne l'avions pas lu, il n'était pas encore statufié, pléiadisé, et l'humble apparence de ce Poirier-là aurait eu de quoi doucher les plus brûlantes ferveurs.
Plus tard, j'ai regretté le rendez-vous manqué de 1963. J'ai harcelé de questions ses anciens élèves, pour essayer d'imaginer les cours du grand homme. Échec total. Rien à dire. Bon prof, oui, sans doute, mais distant, absent ; ne parlant jamais de ses livres ou même de ceux des autres. Rien que l'histoire et la géo, rien que le programme.
Une seule anecdote m'est parvenue, qui résume tout : un imprudent étant allé à la fin du cours, Rivage des syrtes en main, quémander une dédicace, le prof avait sèchement refusé. Il aurait même nié être l'écrivain s'il avait pu. Georges Perec, qui fut son élève au même lycée en 5e (si j'en crois Les lieux d'une fugue), n'a jamais, que je sache, écrit une ligne sur lui, comme si pour une fois il ne se souvenait de rien. Doctor Poirier avait réussi à faire oublier Mister Gracq, sa créature au nom claironnant et craquant comme des bottes neuves, ce Julien caracolant comme un héros de Stendhal — antithèse absolue du nom officiel si plat, aux syllabes désolamment molles.
Louis Poirier la tenait enfermée, cette créature, comme si c'était un monstre dangereux, tel celui du professeur Frankenstein — mais avec plus de succès : notre homme a mis une espèce de génie, non seulement dans ses livres et son pseudo, mais dans la séparation parfaite entre ses deux dissonantes moitiés. (À moins que la fameuse verrue n'en ait été l'unique résurgence, bulle montée des profondeurs, seul cri audible du captif, aussitôt figé ?)
Jamais on ne fut terne avec autant d'éclat.
Moralité : si j'avais eu Poirier pour prof, jamais, cette année-là, je n'aurais rencontré Gracq. Cela me donnerait peut-être le courage, il est vrai, d'aller voir aujourd'hui le très vieil homme à Saint-Florent-sur-Loire où il achève son existence physique, comme on va saluer, avec tendresse et gratitude, la fidèle habilleuse d'une diva défunte. Mais oserais-je évoquer devant lui l'absent immense ? Et surtout, si j'avais été son élève, aurais-je envie de le revoir ?
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mercredi 13 août 2008
Gracq ...Hardellet dans l' Express
Au bonheur des dames
par Delphine Peras,
Lourdes, lentes... et La Mécanique des femmes magnifient les femmes, toutes les femmes! Deux odes à leurs désirs... fort peu convenables.
Il fallait vraiment tout le talent d'André Hardellet (1911-1974) pour accomplir pareil exploit: rendre ses lecteurs fous de désir pour une dénommée Germaine - ou plus exactement «Maimaine». L'héroïne de son roman Lourdes, lentes..., publié en 1969, ne manquait, il est vrai, pas d'arguments. Dès le début du livre, cette opulente bonne de 23 ans, vulgaire comme le sexe, aimante comme une mère, s'offre au narrateur du roman. Celui-ci, prénommé Stève, n'a que 12 ans. Il ne se remettra jamais de cette initiation à la volupté.
Les ligues de protection de l'enfance mirent deux ans à se réveiller. André Hardellet, écrivain pour happy few que ne protégeait aucune gloire, dut lui-même se dénoncer à la justice comme l'auteur du sulfureux ouvrage, signé du pseudonyme transparent de Stève Masson (héros d'un de ses précédents romans). Inculpé d'outrage aux bonnes moeurs, comme avant lui Flaubert ou Baudelaire, l'auteur de Lourdes, lentes... se retrouve, en mai 1973, au banc des accusés. Le président du tribunal se distingue en lui lançant, alors que l'écrivain met les mains dans ses poches pour se donner une contenance: «Monsieur Hardellet, arrêtez de vous tripoter!» «J'eus l'impression de recevoir un coup de poing, tandis qu'André, le visage cramoisi, retirait précipitamment les mains de ses poches, et restait immobile, les bras ballants», se souvient Régine Deforges (1), l'éditrice de Lourdes, lentes... C'est l'auteur du merveilleux Bal chez Temporel, mis en musique par Guy Béart, que le magistrat se permet ainsi d'humilier...
A la barre, les amis d'Hardellet n'ont aucun mal à démontrer que ce livre érotique est en réalité un livre poétique. «La femme y est un paysage: elle est saveur, touffeur, odeur», dit Hubert Juin. Le cunnilingus devient, dans ces pages somptueuses, une communion avec la terre-mère, un retour à l'origine du monde. Le soutien de Georges Brassens et Julien Gracq résume assez bien les deux sources, l'une gauloise et faubourienne, l'autre raffinée et surréalisante, de l'inspiration d'Hardellet. Mais son meilleur avocat est sans doute Gérard de Nerval: car, beaucoup plus qu'à une Emmanuelle quelconque, Lourdes, lentes..., avec sa construction faussement bancale, ses va-et-vient entre passé et présent, rêve et réalité, fait penser à Sylvie. Une Sylvie aux seins lourds et aux orgasmes crus, dont la mort dans un accident de la route laisse le héros - double fantasmatique d'Hardellet - inconsolable. Devenu adulte, il se grise d'aventures sans lendemain, avec des hôtesses de l'air anglaises, dans des maisons de rendez-vous psychédéliques où l'on fait l'amour par machines interposées. Pourtant, le temps perdu est finalement retrouvé, dans un dernier chapitre aussi onirique que déchirant, où Stève tombe en rêve dans les bras de celle qui est restée la femme de sa vie. Dans la réalité, blessé par sa condamnation en justice et vaincu par la maladie, André Hardellet, à 63 ans, finit par rejoindre Germaine, un jour de 1974, dans le vert paradis de l'au-delà.
(1) Dans un livre de souvenirs à paraître en septembre chez Fayard.
Lourdes, lentes... par André Hardellet. Gallimard/L'Imaginaire, 140 p., 7,40 euros.
par Delphine Peras,
Lourdes, lentes... et La Mécanique des femmes magnifient les femmes, toutes les femmes! Deux odes à leurs désirs... fort peu convenables.
Il fallait vraiment tout le talent d'André Hardellet (1911-1974) pour accomplir pareil exploit: rendre ses lecteurs fous de désir pour une dénommée Germaine - ou plus exactement «Maimaine». L'héroïne de son roman Lourdes, lentes..., publié en 1969, ne manquait, il est vrai, pas d'arguments. Dès le début du livre, cette opulente bonne de 23 ans, vulgaire comme le sexe, aimante comme une mère, s'offre au narrateur du roman. Celui-ci, prénommé Stève, n'a que 12 ans. Il ne se remettra jamais de cette initiation à la volupté.
Les ligues de protection de l'enfance mirent deux ans à se réveiller. André Hardellet, écrivain pour happy few que ne protégeait aucune gloire, dut lui-même se dénoncer à la justice comme l'auteur du sulfureux ouvrage, signé du pseudonyme transparent de Stève Masson (héros d'un de ses précédents romans). Inculpé d'outrage aux bonnes moeurs, comme avant lui Flaubert ou Baudelaire, l'auteur de Lourdes, lentes... se retrouve, en mai 1973, au banc des accusés. Le président du tribunal se distingue en lui lançant, alors que l'écrivain met les mains dans ses poches pour se donner une contenance: «Monsieur Hardellet, arrêtez de vous tripoter!» «J'eus l'impression de recevoir un coup de poing, tandis qu'André, le visage cramoisi, retirait précipitamment les mains de ses poches, et restait immobile, les bras ballants», se souvient Régine Deforges (1), l'éditrice de Lourdes, lentes... C'est l'auteur du merveilleux Bal chez Temporel, mis en musique par Guy Béart, que le magistrat se permet ainsi d'humilier...
A la barre, les amis d'Hardellet n'ont aucun mal à démontrer que ce livre érotique est en réalité un livre poétique. «La femme y est un paysage: elle est saveur, touffeur, odeur», dit Hubert Juin. Le cunnilingus devient, dans ces pages somptueuses, une communion avec la terre-mère, un retour à l'origine du monde. Le soutien de Georges Brassens et Julien Gracq résume assez bien les deux sources, l'une gauloise et faubourienne, l'autre raffinée et surréalisante, de l'inspiration d'Hardellet. Mais son meilleur avocat est sans doute Gérard de Nerval: car, beaucoup plus qu'à une Emmanuelle quelconque, Lourdes, lentes..., avec sa construction faussement bancale, ses va-et-vient entre passé et présent, rêve et réalité, fait penser à Sylvie. Une Sylvie aux seins lourds et aux orgasmes crus, dont la mort dans un accident de la route laisse le héros - double fantasmatique d'Hardellet - inconsolable. Devenu adulte, il se grise d'aventures sans lendemain, avec des hôtesses de l'air anglaises, dans des maisons de rendez-vous psychédéliques où l'on fait l'amour par machines interposées. Pourtant, le temps perdu est finalement retrouvé, dans un dernier chapitre aussi onirique que déchirant, où Stève tombe en rêve dans les bras de celle qui est restée la femme de sa vie. Dans la réalité, blessé par sa condamnation en justice et vaincu par la maladie, André Hardellet, à 63 ans, finit par rejoindre Germaine, un jour de 1974, dans le vert paradis de l'au-delà.
(1) Dans un livre de souvenirs à paraître en septembre chez Fayard.
Lourdes, lentes... par André Hardellet. Gallimard/L'Imaginaire, 140 p., 7,40 euros.
lundi 30 juin 2008
Alain-Michel Boyer, Julien Gracq.
Julien Gracq en son domaine
Guillaume Pajon
Alain-Michel Boyer, Julien Gracq. Paysages et Mémoire. Des Eaux étroites à Un balcon en forêt, Nantes : Éditions Cécile Defaut, 2007, 375 p.
L’ouvrage d’Alain-Michel Boyer est, pour partie, la reprise d’un précédent livre publié par l’auteur sur Julien Gracq1. Augmenté d’une introduction intitulée « Géographie, fiction et poésie » et d’un long chapitre consacré à Un balcon en forêt2, ce livre poursuit une entreprise de lecture subjective et presque intime où l’ombre de la première personne affleure sans cesse à la surface du ton critique, qui laisse ainsi parfois percer l’enthousiasme du lecteur en empathie totale avec son sujet.
Les cinq premiers chapitres sont repris du précédent ouvrage publié par Alain-Michel Boyer et, à part quelques modifications d’ordre stylistique ou quelques menus ajouts, fruits d’un contact toujours entretenu, sans nul doute possible, entre l’auteur et l’œuvre de Julien Gracq, les textes sont les mêmes. De fait, le lecteur pourra parfois s’étonner des quelques « dysfonctionnements » dans la réactualisation de ces textes, puisque ce qui valait en 1989 pour la chronologie de la bibliothèque gracquienne ne vaut plus près de vingt ans après : « C’est la question obsédante que formule Gracq, et qu’il synthétise en quelques lignes, dans son avant-dernier livre (sic), En lisant en écrivant : “Qu’est-ce qui nous parle dans un paysage ?” »3 (p. 12). Cependant, ces quelques larsens bibliographiques n’empêchent aucunement Alain-Michel Boyer de mener la barque de sa lecture avec cohérence et pertinence. C’est donc sur le paysage comme point de départ pour son voyage au pays de Julien Gracq qu’il met d’abord l’accent.
L’introduction montre comment trois types de discours traditionnellement consacrés, respectivement, à la description, à la narration et à l’évocation — « Géographie, fiction et poésie » — irriguent conjointement l’écriture de Julien Gracq pour lui donner sa couleur si particulière. Partant de l’importance accordée par Gracq aux paysages, il montre comment ils sont, en quelque sorte, l’un des moteurs de l’imagination gracquienne : propice au développement d’un récit et au foisonnement des images, jamais décoratifs, toujours signifiants.
Prenant le contre-pied d’une formule de Philippe Le Guillou qui affirme que, dans le cas de Julien Gracq, « le tissu biographique est nul et sans intérêt »4, l’auteur interroge, dans le premier chapitre intitulé « Orsenna des bords de Loire ? »5, la manière dont la mythologie intime de Gracq est venue nourrir les images des fictions : il évoque la mobilisation de 1914, l’Ile Batailleuse, la Loire, etc., et identifie ces souvenirs à des matrices permettant à l’imagination créatrice de se mettre en marche. Cette mise en marche de l’imagination s’organise chez Julien Gracq dans des images de départs, de routes, images d’appareillages aussi qui font écho à un souvenir fondateur qui imprima durablement dans son esprit cette tension contenue dans l’imminence du départ, celui du lancement du paquebot « Île-de-France », aux chantiers de Saint-Nazaire, en 1925, auquel Julien Gracq eut le plaisir émerveillé d’assister, en compagnie de son père. Toutes ces images du départ, du voyage, de la mise en route, qui constituent aussi une expérience surréaliste, Alain-Michel Boyer les développe dans le deuxième chapitre de son ouvrage qui doit justement son titre à André Breton : « Le Lâchez tout »6, expression martelée comme une « invitation au voyage » par le chef de file du surréalisme dans les Pas perdus.
Les trois chapitres suivants sont centrés autour de trois espaces géographiques importants dans la vie de Julien Gracq : « l’Evre, qui prend sa source dans les Mauges, au nord de Cholet » (p. 115) — les promenades effectuées en barque par l’auteur sur ces eaux initiatiques et rêveuses donnèrent naissance à l’ouvrage intitulé les Eaux Etroites7 — dans le chapitre III intitulé « Des eaux étroites »8 ; Nantes, ville de l’école et de la flânerie, qui fit l’objet de l’ouvrage la Forme d’une ville9, dans le chapitre IV, du même nom10 ; enfin la presqu’île de Guérande, qui est le théâtre de la nouvelle intitulée justement « La Presqu’île », dans le recueil éponyme, et les paysages qui y sont associés dans son voisinage géographique, ceux de la Bretagne, ceux de l’Océan, dans le chapitre V intitulé « Presqu’îles et avant-postes de la terre »11. Si ces trois chapitres s’organisent autour de « zones » géographiques distinctes qui donnèrent naissance à différents ouvrages, Alain-Michel Boyer ne les traite cependant pas en partage, dans un cloisonnement de l’imaginaire gracquien ; il montre au contraire comment les différents dramaturgies qui s’attachent à des paysages si variés (l’intimité d’une rivière, le grouillement labyrinthique d’une ville, le lointain de l’océan) fondent la permanence de l’imaginaire au fil de tous ces ouvrages. C’est la raison pour laquelle, dans ces trois chapitres a priori cloisonnants, il fait sans cesse référence aux autres livres de Julien Gracq (Au Château d’Argol, Un beau ténébreux, le Roi Pêcheur, Liberté grande, etc.) et voyage ainsi dans les terres d’élection de sa mémoire.
Dans le chapitre 6, consacré à Un Balcon en forêt, l’auteur part d’un questionnement rhétorique, donc d’un postulat qui est prise de position, en se demandant : « Un Balcon en forêt est-il le chef-d’œuvre romanesque de Julien Gracq ? » (p. 241). A cette question, il répond tout de suite : « J’en suis de plus en plus persuadé, si on le compare à son pair, le Rivage des Syrtes, dressé dans sa beauté marmoréenne […] » (id.). La subjectivité du jugement littéraire mise en œuvre dans tout le livre se montre ici clairement, et le lecteur, alors, de considérer ce jugement à l’aune de sa propre subjectivité. Il s’agit ici de préférence, terme gracquien s’il en est, et le lecteur pourra ne pas goûter l’éloge de ce récit, pourtant juste et justifié, qui s’accompagne d’une dépréciation relative du Rivage des Syrtes.
Alain-Michel Boyer effectue dans les domaines de Julien Gracq un voyage en liberté — ce dont témoigne le sous-titre, « Des Eaux étroites à Un Balcon en forêt », qui ne respecte pas la chronologie de l’œuvre — et semble, en organisant son propre parcours, remonter la chronologie comme on remonte le cours d’une rivière12. Dans cet ouvrage, qui est donc le témoignage d’une expérience de lecture en liberté, mais qui n’oublie jamais cependant d’opérer un dialogue permanent avec son objet — de multiples citations, notes et observations minutieuses prolongent richement ce témoignage personnel — l’auteur montre donc les liens fondamentaux qui unissent la mémoire des lieux et des images à l’organisation d’une sensibilité dans l’écriture. Et parce qu’il se refuse souvent à s’aventurer dans une approche trop techniciste des textes, l’écrivain Alain-Michel Boyer n’effiloche jamais l’écheveau des sortilèges et des images patiemment tissé par l’auteur. Au contraire, il semble le prolonger et nous inviter à faire le voyage au pays des merveilles de Julien Gracq : « Un livre de Julien Gracq, c’est d’abord une odeur de varech ou de silex éclaté, des hautes herbes agitées par le vent, la fraîcheur iodée des grèves à marée basse, la respiration tranquille, le soir, des rivières et arbres. » (Conclusion, p. 361) Après cette visite guidée, aux lecteur maintenant à effectuer le voyage dans ce monde avec l’euphorie du « Lâchez tout ».
par Guillaume Pajon
Publié sur Acta le 29 juin 2008
Notes :
1 Boyer (Alain-Michel), Julien Gracq, Bretagne et Loire, Aix-en-Provence : Edisud, 1989 (épuisé). Notons ici, mais il s’agit là sans doute de contraintes éditoriales, que le riche matériau photographique accompagnant cette édition (photographies de très nombreux paysages justement) a entièrement disparu. Le riche dialogue instauré entre le texte et les images constitue indéniablement une perte pour le lecteur qui pouvait alors véritablement voir les terres de l’imagination gracquienne.
2 Julien Gracq, Un Balcon en forêt, Paris : José Corti, 1958.
3 Le texte occulte donc le dernier ouvrage de Julien Gracq, Carnets du grand chemin publié chez Corti en 1992 — si l’on met à part les Entretiens publiés en 2002, et qui sont la réunion de plusieurs entretiens déjà anciens.
4 Philippe Le Guillou, Julien Gracq, Fragments d’un visage scriptural, Paris : La Table Ronde, 1991, p. 33.
5 Précédemment intitulé « Une terrasse devant la Loire ».
6 Précédemment intitulé « Ferveur des départs ».
7 Julien Gracq, Les Eaux étroites, Paris : José Corti, 1976.
8 Précédemment intitulé « La rivière la mémoire ».
9 Julien Gracq, La Forme d’une ville, Paris : José Corti, 1985.
10 Précédemment intitulé « L’entrée aux splendides villes ».
11 Précédemment intitulé « Les campagnes pélagiques ».
12 Il s’agit ici d’une prise de liberté avec le caractère évolutif de l’écriture gracquienne, qui aurait peut-être intrigué Julien Gracq puisqu’il déclarait à Jean Carrière en 1986 : « Si je range mes ouvrages sur une étagère, je suis mal à l’aise s’ils ne le sont pas dans l’ordre chronologique. » (Julien Gracq, « Entretien avec Jean Carrière », Entretiens, dans Julien Gracq, Œuvres complètes, vol. 2, Paris : Gallimard « Bibliothèque de La Pléiade », 1995, p. 1259).
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Pour citer cet article : Guillaume Pajon , "Julien Gracq en son domaine", Acta Fabula, Notes de lecture, URL : http://www.fabula.org/revue/document4368.php
Guillaume Pajon
Alain-Michel Boyer, Julien Gracq. Paysages et Mémoire. Des Eaux étroites à Un balcon en forêt, Nantes : Éditions Cécile Defaut, 2007, 375 p.
L’ouvrage d’Alain-Michel Boyer est, pour partie, la reprise d’un précédent livre publié par l’auteur sur Julien Gracq1. Augmenté d’une introduction intitulée « Géographie, fiction et poésie » et d’un long chapitre consacré à Un balcon en forêt2, ce livre poursuit une entreprise de lecture subjective et presque intime où l’ombre de la première personne affleure sans cesse à la surface du ton critique, qui laisse ainsi parfois percer l’enthousiasme du lecteur en empathie totale avec son sujet.
Les cinq premiers chapitres sont repris du précédent ouvrage publié par Alain-Michel Boyer et, à part quelques modifications d’ordre stylistique ou quelques menus ajouts, fruits d’un contact toujours entretenu, sans nul doute possible, entre l’auteur et l’œuvre de Julien Gracq, les textes sont les mêmes. De fait, le lecteur pourra parfois s’étonner des quelques « dysfonctionnements » dans la réactualisation de ces textes, puisque ce qui valait en 1989 pour la chronologie de la bibliothèque gracquienne ne vaut plus près de vingt ans après : « C’est la question obsédante que formule Gracq, et qu’il synthétise en quelques lignes, dans son avant-dernier livre (sic), En lisant en écrivant : “Qu’est-ce qui nous parle dans un paysage ?” »3 (p. 12). Cependant, ces quelques larsens bibliographiques n’empêchent aucunement Alain-Michel Boyer de mener la barque de sa lecture avec cohérence et pertinence. C’est donc sur le paysage comme point de départ pour son voyage au pays de Julien Gracq qu’il met d’abord l’accent.
L’introduction montre comment trois types de discours traditionnellement consacrés, respectivement, à la description, à la narration et à l’évocation — « Géographie, fiction et poésie » — irriguent conjointement l’écriture de Julien Gracq pour lui donner sa couleur si particulière. Partant de l’importance accordée par Gracq aux paysages, il montre comment ils sont, en quelque sorte, l’un des moteurs de l’imagination gracquienne : propice au développement d’un récit et au foisonnement des images, jamais décoratifs, toujours signifiants.
Prenant le contre-pied d’une formule de Philippe Le Guillou qui affirme que, dans le cas de Julien Gracq, « le tissu biographique est nul et sans intérêt »4, l’auteur interroge, dans le premier chapitre intitulé « Orsenna des bords de Loire ? »5, la manière dont la mythologie intime de Gracq est venue nourrir les images des fictions : il évoque la mobilisation de 1914, l’Ile Batailleuse, la Loire, etc., et identifie ces souvenirs à des matrices permettant à l’imagination créatrice de se mettre en marche. Cette mise en marche de l’imagination s’organise chez Julien Gracq dans des images de départs, de routes, images d’appareillages aussi qui font écho à un souvenir fondateur qui imprima durablement dans son esprit cette tension contenue dans l’imminence du départ, celui du lancement du paquebot « Île-de-France », aux chantiers de Saint-Nazaire, en 1925, auquel Julien Gracq eut le plaisir émerveillé d’assister, en compagnie de son père. Toutes ces images du départ, du voyage, de la mise en route, qui constituent aussi une expérience surréaliste, Alain-Michel Boyer les développe dans le deuxième chapitre de son ouvrage qui doit justement son titre à André Breton : « Le Lâchez tout »6, expression martelée comme une « invitation au voyage » par le chef de file du surréalisme dans les Pas perdus.
Les trois chapitres suivants sont centrés autour de trois espaces géographiques importants dans la vie de Julien Gracq : « l’Evre, qui prend sa source dans les Mauges, au nord de Cholet » (p. 115) — les promenades effectuées en barque par l’auteur sur ces eaux initiatiques et rêveuses donnèrent naissance à l’ouvrage intitulé les Eaux Etroites7 — dans le chapitre III intitulé « Des eaux étroites »8 ; Nantes, ville de l’école et de la flânerie, qui fit l’objet de l’ouvrage la Forme d’une ville9, dans le chapitre IV, du même nom10 ; enfin la presqu’île de Guérande, qui est le théâtre de la nouvelle intitulée justement « La Presqu’île », dans le recueil éponyme, et les paysages qui y sont associés dans son voisinage géographique, ceux de la Bretagne, ceux de l’Océan, dans le chapitre V intitulé « Presqu’îles et avant-postes de la terre »11. Si ces trois chapitres s’organisent autour de « zones » géographiques distinctes qui donnèrent naissance à différents ouvrages, Alain-Michel Boyer ne les traite cependant pas en partage, dans un cloisonnement de l’imaginaire gracquien ; il montre au contraire comment les différents dramaturgies qui s’attachent à des paysages si variés (l’intimité d’une rivière, le grouillement labyrinthique d’une ville, le lointain de l’océan) fondent la permanence de l’imaginaire au fil de tous ces ouvrages. C’est la raison pour laquelle, dans ces trois chapitres a priori cloisonnants, il fait sans cesse référence aux autres livres de Julien Gracq (Au Château d’Argol, Un beau ténébreux, le Roi Pêcheur, Liberté grande, etc.) et voyage ainsi dans les terres d’élection de sa mémoire.
Dans le chapitre 6, consacré à Un Balcon en forêt, l’auteur part d’un questionnement rhétorique, donc d’un postulat qui est prise de position, en se demandant : « Un Balcon en forêt est-il le chef-d’œuvre romanesque de Julien Gracq ? » (p. 241). A cette question, il répond tout de suite : « J’en suis de plus en plus persuadé, si on le compare à son pair, le Rivage des Syrtes, dressé dans sa beauté marmoréenne […] » (id.). La subjectivité du jugement littéraire mise en œuvre dans tout le livre se montre ici clairement, et le lecteur, alors, de considérer ce jugement à l’aune de sa propre subjectivité. Il s’agit ici de préférence, terme gracquien s’il en est, et le lecteur pourra ne pas goûter l’éloge de ce récit, pourtant juste et justifié, qui s’accompagne d’une dépréciation relative du Rivage des Syrtes.
Alain-Michel Boyer effectue dans les domaines de Julien Gracq un voyage en liberté — ce dont témoigne le sous-titre, « Des Eaux étroites à Un Balcon en forêt », qui ne respecte pas la chronologie de l’œuvre — et semble, en organisant son propre parcours, remonter la chronologie comme on remonte le cours d’une rivière12. Dans cet ouvrage, qui est donc le témoignage d’une expérience de lecture en liberté, mais qui n’oublie jamais cependant d’opérer un dialogue permanent avec son objet — de multiples citations, notes et observations minutieuses prolongent richement ce témoignage personnel — l’auteur montre donc les liens fondamentaux qui unissent la mémoire des lieux et des images à l’organisation d’une sensibilité dans l’écriture. Et parce qu’il se refuse souvent à s’aventurer dans une approche trop techniciste des textes, l’écrivain Alain-Michel Boyer n’effiloche jamais l’écheveau des sortilèges et des images patiemment tissé par l’auteur. Au contraire, il semble le prolonger et nous inviter à faire le voyage au pays des merveilles de Julien Gracq : « Un livre de Julien Gracq, c’est d’abord une odeur de varech ou de silex éclaté, des hautes herbes agitées par le vent, la fraîcheur iodée des grèves à marée basse, la respiration tranquille, le soir, des rivières et arbres. » (Conclusion, p. 361) Après cette visite guidée, aux lecteur maintenant à effectuer le voyage dans ce monde avec l’euphorie du « Lâchez tout ».
par Guillaume Pajon
Publié sur Acta le 29 juin 2008
Notes :
1 Boyer (Alain-Michel), Julien Gracq, Bretagne et Loire, Aix-en-Provence : Edisud, 1989 (épuisé). Notons ici, mais il s’agit là sans doute de contraintes éditoriales, que le riche matériau photographique accompagnant cette édition (photographies de très nombreux paysages justement) a entièrement disparu. Le riche dialogue instauré entre le texte et les images constitue indéniablement une perte pour le lecteur qui pouvait alors véritablement voir les terres de l’imagination gracquienne.
2 Julien Gracq, Un Balcon en forêt, Paris : José Corti, 1958.
3 Le texte occulte donc le dernier ouvrage de Julien Gracq, Carnets du grand chemin publié chez Corti en 1992 — si l’on met à part les Entretiens publiés en 2002, et qui sont la réunion de plusieurs entretiens déjà anciens.
4 Philippe Le Guillou, Julien Gracq, Fragments d’un visage scriptural, Paris : La Table Ronde, 1991, p. 33.
5 Précédemment intitulé « Une terrasse devant la Loire ».
6 Précédemment intitulé « Ferveur des départs ».
7 Julien Gracq, Les Eaux étroites, Paris : José Corti, 1976.
8 Précédemment intitulé « La rivière la mémoire ».
9 Julien Gracq, La Forme d’une ville, Paris : José Corti, 1985.
10 Précédemment intitulé « L’entrée aux splendides villes ».
11 Précédemment intitulé « Les campagnes pélagiques ».
12 Il s’agit ici d’une prise de liberté avec le caractère évolutif de l’écriture gracquienne, qui aurait peut-être intrigué Julien Gracq puisqu’il déclarait à Jean Carrière en 1986 : « Si je range mes ouvrages sur une étagère, je suis mal à l’aise s’ils ne le sont pas dans l’ordre chronologique. » (Julien Gracq, « Entretien avec Jean Carrière », Entretiens, dans Julien Gracq, Œuvres complètes, vol. 2, Paris : Gallimard « Bibliothèque de La Pléiade », 1995, p. 1259).
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Pour citer cet article : Guillaume Pajon , "Julien Gracq en son domaine", Acta Fabula, Notes de lecture, URL : http://www.fabula.org/revue/document4368.php
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Le professeur Christian Robin, de l'Université de Nantes, parlera de « Julien Gracq et la Vendée ». Le grand écrivain récemment disparu s'était intéressé à la Vendée et manifestait de l'admiration pour les combattants vendéens.
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