mercredi 22 octobre 2008

Lettrines II, 1974 et Emmanuel de Martonne

Lettrines II, 1974

La vue de la vallée de la Seine vers Meulan m'a rappelé tout à coup les excursions géographiques où mon maître Emmanuel de Martonne entraînait de temps en temps, entre Mantes, Neauphle, et la vallée de Chevreuse, le petit troupeau de ses vrais fidèles. En passant, je me suis souvenu avec précision de l'endroit où, au flanc du versant nord, nous suivions un jour, sous un chaud soleil de mai, le niveau de sources correspondant à l'affleurement des énigmatiques marnes vertes. Dans la connaissance livresque que j'avais à ce moment (je commençai ma licence) de la stratigraphie de l'Île-de-France, le nom de "marnes vertes" me laissait plus que sceptique : je n'avais jamais vu de glaise d'une telle couleur et je pensais que le géologue imaginatif qui avait baptisé ce niveau n'était pas ennemi de la galéjade : on devait parler de marnes vertes comme on parle de vin gris ou de roses noires. De Martonne s'arrêta au bord de la route pour une courte explication, puis, au flanc du fossé d'où suintait un filet d'eau, il donna deux ou trois coups de son marteau de géologue, et ramena au jour un beau morceau de glace à la pistache. J'écarquillai les yeux, comme saint Thomas devant les stigmates, et, de ce jour-là, fermement et pour toujours, je crus.
Lettrines II (1974), Julien Gracq, éd. José Corti, 1974 (ISBN 2-7143-0041-3), p. 149-150

samedi 18 octobre 2008

Des lettres d'André Breton dans la vente Julien Gracq

6:00 - mercredi 15 octobre 2008
Des lettres d'André Breton dans la vente Julien Gracq

32 lettres et cartes postales écrites entre 1939 et 1966, soit une très belle correspondance littéraire et amicale entre André Breton et Julien Gracq évaluée entre 30 000 et 35 000€, sont au catalogue de la vente aux enchères des biens de l'écrivain, le 12 novembre à l'Hôtel des ventes Couton-Veyrac à Nantes. Mais aussi une courte missive de Colette envoyée lors de la proclamation du prix Goncourt en 1951, des éditions originales, des dessins et peintures, des photos de Gracq, dont un cliché signé Doisneau, du mobilier de sa maison de Saint-Florent-le-Vieil et de son appartement parisien. Ce catalogue sera présenté officiellement ce jeudi 16 octobre, à l'occasion de la remise des manuscrits de Julien Gracq à la Bibliothèque nationale de France.

jeudi 16 octobre 2008

Dossier Gracq Nouvel observateur

Dossier Gracq Nouvel Observateur

300 lots seront proposés à l'hôtel des ventes Couton et Veyrac

15/10/2008 | 17:
© France 2
Les biens de l'écrivain et sa correspondance seront mis en vente à Nantes le 12 novembre

300 lots seront proposés à l'hôtel des ventes Couton et Veyrac, à l'exception de ses manuscrits remis officiellement à la Bibliothèque nationale de France (BNF). Ainsi ont en décidé les héritiers de l'écrivain décédé le 22 décembre 2007.

Le clou de la vente sera la correpondance entre Julien Gracq et l'écrivain André Breton de 1936 à 1966.

Comptant en tout 32 lettres et cartes postales, elle est évaluée entre 30.000 et 35.000 euros.

Séduit par "Au château d'Argol " (Gracq, 1938), écrira dans une lettre adressée à Gracq en 1939 qu'il l'a lu d'un seul trait , sans pouvoir une seconde (s') en détacher.

On retiendra aussi dans un exemplaire de l'édition de 1945 de "Le
surréalisme et la peinture" (Breton, 1945) sa dédicace "A Julien Gracq , Au voyant". Un dédicace courte "mais je ne suis pas sûr que l'on en ait d'autres de cette valeur-là", note Me Veyrac, pour qui la plongée dans l'intimité des deux hommes "confirme l'admiration et la complicité qui régnait entre l'un et l'autre", l'homme de l'ombre qu'était Julien Grac et l'exubérant André Breton, le pape du surréalisme.

Au vu de la correspondance, on lit en filigrane l'intimité qui liait les deux hommes:Breton lui raconte ses vacances ou encore ses réflexions après des attaques dont il a été victime.

Le refus du Goncourt

D'autres témoignages ponctue la vie de l'écrivain- de son vrai nom Louis Poirier-, comme son refus en 1951 du prix Goncourt qui lui est attribué pour "Le rivage des Syrtes". Colette, alors présidente du prix, insiste en lui envoyant un courrier confirmant la distinction, en ajoutant de sa main "qui a été heureuse de vous
donner sa voix".

Outre ces correspondances, seront aussi mis en vente des éditions originales dédicacées, de nombreux dessins, peintures mais aussi des photos de Gracq mises à prix 100 euros et enfin le mobilier de sa maison de Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire) et de son appartement parisien de la rue de Grenelle.

De son vrai nom Louis Poirier, l'écrivain a laissé une oeuvre nourrie de romantisme allemand, de fantastique et de surréalisme qui a fait de lui un mythe littéraire. Il est décédé à l'âge de 97 ans.

samedi 11 octobre 2008

Le Clezio sur Julien Gracq..dans la Voix du Nord

Une cinquantaine de livres en 45 ans d'écriture

vendredi 10.10.2008, 05:01 - La Voix du Nord

Grand voyageur et romancier de l'errance, JMG Le Clézio est l'auteur d'une cinquantaine de livres, portés par une grande humanité.

Son oeuvre, qui comprend des contes, des romans, des essais, des nouvelles, des traductions de mythologie indienne, des livres de photos, d'innombrables préfaces, articles et contributions à des ouvrages collectifs, est perçue comme une critique de l'Occident matérialiste, sous tendue par une attention constante aux faibles et aux exclus.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui fait partie aujourd'hui du jury Renaudot, a démarré sa carrière littéraire en fanfare : à 23 ans, il publie Le procès-verbal en 1963 qui lui vaut illico le succès et le prix... Renaudot.

S'ensuivent entre autres La Fièvre, L'Extase matérielle, Terra amata, Le Livre des fuites, La Guerre, Les Géants, Désert (peut-être son chef-d'oeuvre), Le Chercheur d'or, Voyage à Rodrigues, Onitsha, Étoile errante, La Quarantaine, Diego et Frida, Le Poisson d'or, Révolutions , Ourania, L'Africain (l'histoire du père de l'écrivain), Ballaciner et, en 2008 enfin, le petit dernier : Ritournelle de la faim (parus chez Gallimard pour l'essentiel).

Un sondage, paru dans la revue française Lire en 1994, le désignait comme « le plus grand écrivain de langue française » devant Julien Green. Honnête, il avait répondu : « Moi, j'aurais mis Julien Gracq en tête . » À son image, toujours prompt à remettre en question les fondements de la littérature traditionnelle. Si loin du superficiel. Ce qui lui fit dire : « J'ai le sentiment d'être une petite chose sur cette planète et la littérature me sert à m'exprimer. Si je me hasardais à philosopher, on dirait que je suis un pauvre rousseauiste qui n'a rien compris. » •